Agriculture traditionnelle

Considérée autrefois comme primitive, l’agriculture traditionnelle des Andes est désormais généralement reconnue comme ingénieuse et appropriée. Il y a 3000 ans, elle réussissait à satisfaire aux besoins de subsistance de millions d’individus, et ce, sans nuire à l’environnement.

Une grande partie des méthodes sont tombées en désuétude, mais des spécialistes d’agriculture et de développement rural se tournent toujours plus vers les Andes pour des solutions hautement productives et durables qui ne requièrent ni machines, ni engrais chimiques, ni pesticides, ni autres technologies modernes coûteuses ou nocives. Beaucoup voient le potentiel des pratiques et des technologies andines comme une aubaine pour les communautés pauvres des zones de montagne du monde entier.

Systèmes durables maison

Les agriculteurs traditionnels ont recours à divers systèmes agropastoraux extrêmement diversifiés, et complexes, en mesure de répondre aux multiples enjeux des Andes tout en maintenant l’équilibre écologique. Pour chaque zone de culture ou d’élevage, les agriculteurs font leur choix à partir de centaines de types de cultures ou d’animaux indigènes (alpagas et lamas). Puis, ils appliquent des méthodes et techniques adaptées à des zones spécifiques, en tenant compte de facteurs comme l’altitude, les gradients extrêmes et la qualité et la salinité du sol. La production varie normalement en fonction de l’altitude, jusqu’à 5 000 m, cette “verticalité” ou “complémentarité” servant à améliorer la sécurité alimentaire. Les agriculteurs optimisent les résultats à long terme en pratiquant, par exemple, des jachères sectorielles et des rotations de cultures.

Les principales méthodes culturales traditionnelles sont les cultures en terrasses, les périmètres d’irrigation économisant l’eau et les champs surélevés (waru waru). Elles impliquent toutes un travail des terres à forte intensité de main d’œuvre. Elles permettent aux agriculteurs de gérer les sols, l’eau, la température et les pentes difficiles, et protègent les cultures en cas de sécheresse, d’inondations, de gelées ou autres conditions hostiles.

Technologies anciennes pour solutions modernes

Les vestiges des anciennes terres agricoles des Andes couvrent encore de vastes superficies et l’intention de rétablir leur productivité suscite un intérêt croissant. On espère que les technologies traditionnelles peuvent aider à lutter contre l’érosion des sols, la baisse des rendements, la dégradation de l’environnement, l’appauvrissement de la diversité génétique dans les cultures, et un cortège d’autres problèmes. Avec un coup de pouce de la science moderne, elles pourraient s’avérer encore plus efficaces. Toutefois, pour revitaliser les systèmes agricoles traditionnels, il faudra faire vite, avant de risquer de perdre les connaissances indigènes et les structures sociales sur lesquels ils reposent.

Agriculture traditionnelle “sur le terrain”

Plusieurs ONG et organismes gouvernementaux ont lancé des programmes d’assistance aux communautés locales pour reconstituer et aménager les terrasses, les canaux et les waru warus. Citons notamment le PRAVTIR (Programa de Acondicionamiento Territorial y Vivienda Rural) et le PIWA (Proyecto Interinstitucional de Rehabilitacion de waru waru en el Altiplano), qui ont obtenu tous deux des résultats encourageants. Par exemple, les waru warus du Projet PIWA sans engrais chimiques ont donné un rendement de 10 tonnes de pommes de terre l’hectare, contre une moyenne régionale de 1-4 tonnes. Dans des projets de ce type, la principale dépense a été la main d’oeuvre pour creuser les canaux et édifier les terrasses.

Appui moderne à l’agriculture traditionnelle

Certains scientifiques et experts de développement s’efforcent de compléter l’agriculture traditionnelle des Andes avec un savoir-faire moderne. Par exemple, le lupin ou d’autres légumineuses qui produisent une importante biomasse pourraient servir d’“engrais verts” dans les Andes. Elles pourraient améliorer les systèmes de jachère traditionnels ou être alternées à des racines et tubercules dans des systèmes de cultures intercalaires. Les avantages en seraient une meilleure fertilité du sol et une régularisation des ravageurs, outre une alimentation plus équilibrée.

Le saviez-vous?

  • Les Andes péruviennes renferment 1 million d’hectares de terrasses agricoles, mais 75 pour cent sont abandonnées ou cultivées sporadiquement.
  • Une pomme de terre de taille moyenne contient le taux quotidien recommandé de vitamine C pour un adulte.
  • Bien avant l’arrivée des Européens, les agriculteurs des Andes avaient déjà domestiqué de nombreuses espèces de racines et tubercules, céréales, légumes et fruits comestibles.
  • La patate douce est originaire des Andes. Chaque année, l’Amérique latine produit 1,9 million de tonnes et l’Amérique du Nord 600 000 tonnes. En Europe, le Portugal est le seul producteur important, avec 23 000 tonnes par an.
  • Le système waru waru a permis aux agriculteurs des Andes de cultiver des plantes dans des conditions d’inondations, de sécheresse et de gel, à des altitudes allant jusqu’à 4 000 m.
  • Les variétés agricoles traditionnelles ont diminué, et les semences génétiquement modifiées sont désormais stockées dans des banques de gènes.
  • Le waru waru est reconnu par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture comme un système ingénieux du patrimoine agricole d’importance mondiale (GIAHS).
  • La nuit, il peut y avoir plusieurs degrés de plus dans les waru warus par rapport aux alentours.
  • Les terrasses irriguées des Incas et les cultures en billon peuvent être productives à environ 10 pour cent du coût de l’irrigation d’une superficie comparable dans les vallées côtières arides.
  • Les terrasses ont été maintenues sur des pentes de plus de 45 degrés.

Les membres du Partenariat de la montagne encouragent les méthodes d’agriculture traditionnelles

Le Consortium pour le développement durable de l’écorégion andine (CONDESAN) travaille avec les communautés locales pour renforcer leurs capacités d’améliorer l’agriculture durable, notamment l’utilisation de cultures indigènes et de méthodes traditionnelles de maintien de la fertilité des sols, comme les cultures étagées.

Le Centre international de la pomme de terre (CIP) travaille sur toute une série de cultures céréalières, de pommes de terre et de tubercules utilisées dans l’agriculture traditionnelle des Andes, cherchant des moyens de les exploiter pour le développement durable local et sur d’autres continents.

Qu’est-ce que le waru waru?

Considéré comme un système ingénieux du patrimoine agricole d’importance mondiale (GIAHS), le waru waru sert à garantir les conditions nécessaires pour rendre les cultures productives même en cas de conditions loin d’être optimales. Il consiste à surélever des champs entourés de canaux emplis d’eau, ce qui permet de lixivier les sels, de servir de protecteur thermique des cultures, et de capturer la matière organique, la vase et les algues pouvant servir d’engrais. Il y a 3000 ans, les waru warus donnaient des récoltes exceptionnelles à près de 4 000 m d’altitude, dans des conditions difficiles (inondations, sécheresses et gel).