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La biodiversité de montagne

Les montagnes peuvent donner l’image de monolithes minéraux impénétrables. Mais elles sont en réalité parmi les premières sources de biodiversité au monde, et abritent une incroyable variété de végétaux et d’animaux. Un grand nombre de ces espèces ont disparu des plaines, surchargées par les activités humaines; et bien d’autres n’existent nulle part ailleurs que dans les montagnes. Chacun d’entre nous, où que nous vivions, partageons la responsabilité de protéger la biodiversité des montagnes – mais ce sont les montagnards qui sont les premiers gardiens de cet irremplaçable capital de l’humanité. Au cours des générations, ils ont acquis une connaissance unique et précise des écosystèmes de montagne. Mais à ce jour, les États et les organisations internationales ont largement négligé les savoirs que possèdent ces populations montagnardes et le rôle si important que jouent les montagnes dans la préservation d’une grande part de la biodiversité mondiale.

Une montagne de vie

On a également décrit les montagnes comme des îles de biodiversité au milieu d’un océan de monoculture et de territoires dénaturés par l’homme. De fait, un grand nombre des espèces animales et végétales que l’on rencontre en montagne ont disparu des basses terres, surchargées par les activités humaines.

Leur isolement, leur difficulté d’accès ont contribué à protéger et à préserver nombre d’espèces en montagne – cervidés, aigles, et lamas, mais aussi variétés sauvages de moutarde, de cardamome, de groseilles ou de gourdes. Ainsi, dans les Andes, les paysans ne connaissent pas moins de 200 variétés différentes de pommes de terre indigènes; alors que dans les montagnes népalaises, ils exploitent quelque 2 000 variétés de riz. Et c’est sur un des sommets de la Sierra de Manantlán, au Mexique, que pousse toujours la seule souche connue du plus primitif parent sauvage du maïs.

Ces précieuses ressources de diversité génétique constituent une assurance pour l’avenir, et ce d’autant plus que l’économie mondialisée transforme toujours davantage les habitats de plaine en terrains de production alimentaire à haut rendement: cultures intensives qui permettent certes de nourrir une grande part de l’humanité, mais sont fragiles vis-à-vis des ravageurs et des agents pathogènes en continuelle évolution.

Sans la sagesse acquise par toutes ces générations de populations montagnardes, une grande partie de la biodiversité des environnements de montagne nous serait pratiquement inconnue. On n’a par exemple évalué que 1 pour cent des plantes tropicales en vue d’un usage médicinal. Mais alors même que les populations de la planète commencent à reconnaître cette gigantesque ressource à sa juste valeur, le futur des écosystèmes de montagne et celui des espèces qui en dépendent pour survivre sont en cause.

Le gorille des montagnes en Afrique des Lacs, l’ours à lunettes des Andes et le couroucou resplendissant d’Amérique centrale sont tous dépendants de blocs de forêt primitive qui se réduisent constamment. Dans le même temps le commerce des espèces de montagne rares, animales et végétales, comme certaines orchidées, des oiseaux et des amphibiens, en réduit encore les populations. Dans les communautés de montagne, la pauvreté est l’une des raisons de la destruction des habitats. La biodiversité de montagne paye également un lourd tribut à l’exploitation minière, à celle de la forêt, au tourisme et au changement climatique mondial.

Les Andes: spectacle de la biodiversité

Parmi tous les domaines montagnards du monde, ce sont les milieux tropicaux qui fournissent la source de biodiversité la plus abondante. Et parmi ceux-ci, ce sont les pentes orientales des Andes où l’on estime que se trouve la diversité biologique la plus riche. Dévalant la chaîne qui suture l’Argentine, la Bolivie, le Chili, la Colombie, l’Équateur, le Pérou et le Venezuela, ces pentes andines exposées à l’est comportent une invraisemblable variété d’écosystèmes: forêt pluviale tropicale, forêt subalpine, lande alpine et forêt primaire, mais aussi herbages d’altitude, toundra, neiges et glaciers. Chacune de ces zones, y compris celles de glaciers, possède ses propres habitats et assemblages animaux et végétaux.

Protéger la biodiversité

Les montagnards sont les premiers gardiens de la biodiversité des montagnes. Pendant des millénaires, ils ont appris à connaître l’intérêt de l’alternance des cultures, des terrasses, des plantes médicinales, et d’une exploitation forestière durable garantissant nourriture, fourrage et bois de chauffe. Et pourtant, ces savoirs exceptionnels sont souvent négligés ou ignorés par ceux qui n’appartiennent pas aux communautés de montagne.

Loin des centres du négoce et du pouvoir, les populations montagnardes ont peu d’influence sur les politiques qui déterminent le cours de leur vie, et qui contribuent à dégrader le cadre de leur habitat. On doit bien constater qu’à ce jour, les écosystèmes de montagne et leurs habitants n’ont guère bénéficié de l’attention des États et des organisations du monde, disparité de traitement qui ne menace pas que la vie en montagne, mais aussi la richesse de la vie où qu’elle soit.

Points communs des écosystèmes forestiers

Tous les écosystèmes de montagne ne se ressemblent pas. Pourtant, qu’il s’agisse de forêt primaire, d’herbages alpins ou de torrents glaciaires, ils présentent deux traits communs: l’altitude et la diversité. Les changements abrupts d’altitude, de pente et d’exposition solaire exercent un énorme effet sur les températures, les vents, l’hygrométrie et la composition des sols, sur de très faibles distances. À la fois brutales et subtiles, ces différences permettent la création de poches de vie que l’on ne rencontre qu’à une altitude bien précise et sur une montagne ou un domaine bien spécifique.

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Les conditions climatiques extrêmes repoussent les limites de l’adaptation biologique et humaine. En haute altitude, les animaux et végétaux indigènes développent des mécanismes d’adaptation très particuliers. Certaines fleurs sauvages alpines, par exemple, sont adaptées à vivre dans le micro-habitat fourni par l’ombre d’un unique rocher.

Pour les populations qui luttent pour survivre dans un environnement aussi dur, comprendre et respecter ce fragile équilibre est essentiel. Les paysans du Burundi et du Rwanda plantent ainsi entre six et 30 variétés de haricots, pour tirer profit des moindres différences d’altitude, de climat et de sol.

Si l’unicité des conditions génère une grande variété d’espèces, elle rend aussi les écosystèmes de montagne extrêmement délicats. Un changement même léger de température, de pluie ou de stabilité des sols peut conduire à la perte de communautés entières d’animaux ou de végétaux.

Les espèces exotiques envahissantes

Tout comme les habitats insulaires, les écosystèmes de montagne ne disposent pas de défenses naturelles à l’encontre des espèces exotiques envahissantes. Ces dernières sont fréquemment introduites par une personne de passage, ou à la suite de la mise en place d’espèces exogènes ou de plantes ornementales. Du fait qu’elles amènent rarement dans leur sillage les prédateurs et insectes avec lesquels elles ont évolué, ces espèces n’ont aucun mal à s’imposer sur la flore et la faune locales. On en voit des exemples avec le cochon sauvage du Costa Rica et de Hawaii (États-Unis), les chèvres du Venezuela, les herbes étrangères de Porto Rico ou la truite exotique du parc national de Yellowstone, aux États-Unis. Les méthodes mises en œuvre pour éliminer ces espèces exotiques sont bien souvent expérimentales: mais elles sont toujours longues et coûteuses.

Appel à une science de la montagne

Il n’a jamais existé de «science» de la montagne, au sens fort. Notre connaissance de la montagne (à la différence des mers ou des forêts pluviales de basse altitude) dérive de diverses disciplines scientifiques qui n’échangent que rarement idées et informations. En conséquence de cela, les relations cruciales entre haut et bas des bassins versants, forêts de montagne et herbages alpins, ou encore populations montagnardes et habitants des villes de plaine, n’ont jamais été bien comprises. Il nous faut désormais intégrer tous les prismes au travers desquels nous considérons les écosystèmes de montagne, c’est-à-dire atténuer les frontières entre géologie, météorologie, hydrologie, biologie, anthropologie et économie politique: c’est ainsi que non seulement on sensibilisera l’opinion, mais aussi qu’on favorisera le développement de pratiques durables contribuant à protéger les écosystèmes de montagne et la biodiversité qu’ils abritent.

Les pressions de l’économie de marché

MLes agriculteurs de montagne exploitent des milliers de variétés végétales, dont beaucoup ne poussent qu’à des altitudes et dans des climats bien déterminés. Ils pratiquent souvent des croisements entre variétés sauvages et cultivées. On voit par exemple dans l’Himalaya se côtoyer des espèces domestiques et sauvages de citronniers, d’orangers et de manguiers. Au Mexique, les agriculteurs laissent pousser la téosinte, lointain ancêtre du maïs, près de celui qu’ils cultivent.

Planter diverses variétés d’une culture donnée, tout en laissant s’y mêler des variétés sauvages, favorise l’émergence de nouveaux caractères tout en renforçant la diversité génétique et la résilience de l’espèce. On entend souvent d’ailleurs des agriculteurs de montagne dire que cette pratique améliore les rendements et évacue le besoin d’insecticides, d’herbicides et d’engrais.

Mais depuis quelque temps, de plus en plus d’agriculteurs de montagne se sont sentis contraints d’abandonner leurs pratiques ancestrales pour adopter les techniques de la culture moderne à haut rendement. Or celles-ci n’impliquent pas seulement de restreindre le choix des semences et de dépendre plus étroitement de l’irrigation et de forts dosages en insecticides, herbicides et engrais: elles engagent aussi le choix de ceux des fruits et légumes qui engendreront le revenu le plus élevé sur le marché. Si certaines communautés peuvent en bénéficier sur le plan financier, d’autres subiront par là d’immenses pertes. C’est ainsi que diverses communautés montagnardes sont passées de l’élevage traditionnel du mouton et de la chèvre à celui, extensif, des bovins. Conséquence: l’élimination d’écosystèmes forestiers entiers, libérant des terres pour la culture et le bétail.