La declaration de Thimphu

Préambule

Les 250 participants — femmes de la montagne, membres des organisations de la société civile et ONG, décideurs, chefs d’entreprise, professionnels des médias, chercheurs, représentants des organismes de développement et bailleurs de fonds — participant à la conférence « Hommage aux femmes de la montagne à Thimphu »(Bhoutan), du 1er au 4 octobre 2002, organisée dans le cadre de l’Année internationale de la montagne, soumettent la Déclaration de Thimphu ci-après au Sommet mondial de la montagne de Bichkek (BGMS), et invitent la communauté internationale à:

  • Inscrire les perspectives des femmes de la montagne et les principes d’égalité des sexes et l’intégration des femmes au développement dans la Déclaration de Bichkek;
  • Renforcer l’influence des femmes de la montagne dans les décisions ayant trait aux affaires publiques et garantir une forte présence féminine dans tous les partenariats; et
  • Créer des réseaux de solidarité et approuver et promouvoir le Partenariat mondial des femmes de la montagne.

Déclarent que:

  1. Sans les femmes, il est impossible d’obtenir un développement durable des zones de montagne. Les femmes détiennent des connaissances cruciales sur l’utilisation des ressources, sur les systèmes de santé traditionnels, et sur les coutumes sociales, culturelles et spirituelles. Leurs activités productives contribuent à l’économie, au développement de la famille et de la communauté; elles créent des solutions novatrices pour affronter le changement dans des conditions physiques et politiques rigoureuses. Dans de nombreuses régions montagneuses, elles constituent plus de 50 pour cent de la population.

  2. Sans la paix, sans un environnement intact et non contaminé, et sans sécurité alimentaire qui subissent actuellement de fortes contraintes dans les zones montagneuses de toute la planète, il est impossible pour les femmes de la montagne de prendre soin de leurs familles, de maintenir leurs moyens d’existence, de mener des activités commerciales, de contribuer au bien-être de leurs communautés, et de protéger leur environnement.

  3. Sans l’égalité entre les sexes et la justice sociale, et sans un cadre social, politique, juridique et économique propice, les femmes de la montagne ne sont pas entendues voix au chapitre, et ne peuvent exercer les droits qui leur permettent de contribuer pleinement à l’essor de la communauté et à la conservation des ressources naturelles et culturelles.

  4. Sans accès aux services de santé, à l’instruction, à la formation, aux loisirs et aux infrastructures adéquates – l’eau, l’hygiène, les routes, les marchés, le crédit, l’éloignement et les barrières physiques de l’environnement montagneux, la pauvreté et la marginalisation sociale et politique qui y règnent fréquemment – la capacité des femmes de remplir leurs rôles est gravement compromise.

  5. Sans politiques, réseaux, partenariats et alliances efficaces à l’échelle locale, nationale, régionale et internationale, la marginalisation économique, sociale et politique des femmes de la montagne continuera à entraver leur développement comme celui de leurs communautés.

Ces réalités sont à peine reconnues, voire niées dans certaines régions. En outre, les femmes ne sont pas suffisamment intégrées dans les processus de planification et de décision à tous les échelons, et n’ont ni accès aux ressources, pas plus qu’elles n’en ont le contrôle ou la propriété.

Ceci étant, nous exhortons les Nations Unies, la communauté internationale, et les autorités et organisations régionales, nationales et locales à:

  • Tenir compte des opinions et des problèmes des femmes de la montagne et de leurs perspectives sur la paix, sur l’utilisation des ressources naturelles, et sur la mise en valeur durable des zones de montagne;
  • Fournir l’appui institutionnel et financier pour une action future sur les principes de l’égalité entre les sexes et de l’intégration des questions de genre;
  • Renforcer le droit des femmes de la montagne aux ressources et raffermir leur rôle au sein de leurs communautés et cultures; et
  • Promouvoir les opportunités économiques et technologiques pour l’autonomisation des femmes de la montagne.

Nous recommandons les mesures suivantes:

  1. Informer les femmes de la montagne de leurs droits en tant qu’êtres humains, notamment de leurs droits politiques, économiques, leurs droits liés à la propriété, leurs droits environnementaux, sanitaires, culturels, intellectuels et autres, et leur offrir une formation adéquate pour revendiquer ces droits;

  2. Promouvoir et faire appliquer des lois équitables pour les femmes et des pratiques sociales dans les zones de montagne;

  3. Recommander que les politiques et lois confèrent aux femmes de la montagne des droits politiques, sociaux et économiques égalitaires. Veiller à ce que ces politiques et lois existent pour des aspects ayant trait en particulier au bien-être et aux droits de la femme;

  4. Promouvoir la représentation équitable des femmes de la montagne dans tous les organes décisionnels, et préconiser leur participation aux négociations et aux décisions à tous les niveaux, y compris dans la prévention et la résolution des conflits;

  5. Garantir que les programmes de santé sont axés sur les droits d’hygiène de la reproduction et les droits sexuels des femmes de la montagne, notamment le virus VIH/SIDA, et encourager la participation des hommes dans la prévention desdits problèmes;

  6. Affronter les droits des femmes de la montagne ayant trait à la santé sexuelle et reproductive, et soutenir les soins de santé et l’assurance communautaires;

  7. Renforcer la sensibilisation et l’appréciation des questions d’égalité entre les sexes et les pratiques sanitaires traditionnelles parmi toutes les catégories de professionnels de la santé;

  8. Intégrer les systèmes de connaissances autochtones dans l’enseignement officiel, et mettre au point des programmes complémentaires, souples et spécifiques au contexte, comprenant des connaissances locales et pratiques, et employer le personnel enseignant autochtone;

  9. Promouvoir la communication entre les femmes de la montagne et les communautés tout en empêchant l’érosion de la diversité linguistique;

  10. Encourager la recherche et diffuser les résultats des connaissances locales des femmes de la montagne dans les systèmes culturels et religieux, dans l’utilisation des ressources naturelles, dans les techniques traditionnelles d’agriculture et de conservation, et dans les pratiques sanitaires;

  11. Collecter et documenter les données ventilées sur les habitants de la montagne (par sexe, âge, région, etc.) dans tous les domaines.

  12. Garantir un accès renforcé à l’information sur les activités commerciales, marchés, technologies, et autres opportunités rémunératrices qui utilisent et conservent la diversité des environnements de montagne, et promouvoir des programmes de formation et des services sociaux pour répondre aux exigences des femmes de la montagne;

  13. Encourager et promouvoir le commerce équitable et éthique dans les régions de montagne afin de garantir que les producteurs tirent une juste part des bénéfices issus de la vente de leurs produits;

  14. Promouvoir la paix pour empêcher aux femmes de la montagne et à leurs familles de souffrir des conséquences des conflits armés, éradiquer le trafic des femmes et des enfants dans les zones de montagne pauvres ainsi que la violence domestique, et promouvoir des programmes sociaux visant à vaincre les pratiques culturelles violentes;

  15. Promouvoir les infrastructures physiques et sociales (routes, électricité, télécommunications, marchés, soins de santé, écoles, etc.) qui tiennent compte et soient sensibles aux besoins des femmes de la montagne et accroissent leurs possibilités de revenus et leur entreprenariat, réduisent leur charge de travail et améliorent leur qualité de vie;

  16. Analyser et atténuer les impacts de la privatisation accrue des ressources au sein des communautés de montagne et créer des filets de sécurité là où les effets de la mondialisation déstabilisent les communautés montagnardes; et

  17. Prévoir des budgets pour les femmes et accroître les allocations budgétaires en faveur des initiatives des femmes de la montagne visant à rendre le développement durable.

Adopté le 4 octobre 2002
Thimphu (Bhoutan)

Allocution de M. M. Hosny El-Lakany

Sous-Directeur général
Département des forêts
Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture

au nom de

M. Jacques Diouf
Directeur général
Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture
1er novembre 2002

Monsieur le Président de la République
kirghize,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,

C’est un privilège pour moi d’être ici avec vous pour l’inauguration du Sommet mondial de la montagne de Bichkek. Au nom du Directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, M. Jacques Diouf, qui n’a pu être présent parmi nous, je souhaite adresser mes félicitations à tous ceux qui ont prodigué tant de temps, d’énergie et d’idées au service de la réussite de cette initiative, comme d’autres manifestations marquant cette Année si importante.

Nos félicitations vont, en premier lieu, à notre hôte, le Président Akaev, qui, avec sa précieuse contribution, a préparé le terrain pour l’Année internationale de la montagne. Sans votre clairvoyance, rien de tout cela n’aurait eu lieu et aucun de nous ne serait présent ici aujourd’hui. Nous remercions le Président Akaev, le Gouvernement et le peuple de la République du Kirghizistan pour leur effort considérable et leur généreuse hospitalité. Permettez-moi également de remercier M. Klaus Töpfer, Directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l’environnement, ainsi que le personnel du PNUE qui a aidé, de multiples façons, à transformer cet événement culminant de l’Année internationale de la montagne en une réalité couronnée de succès.

alphalingmind.eu
Apprenez une nouvelle langue rapidement!
https://alphalingmind.eu/

C’est un honneur pour la FAO d’avoir été désignée par l’ONU comme organisation chef de file pour l’Année internationale de la montagne, et de travailler en étroite coopération avec les gouvernements, le PNUE, le PNUD, l’UNESCO, l’UNU et d’autres organismes des Nations Unies ainsi que d’organisations non gouvernementales. Nous avons été encouragés par la passion et le dévouement d’un si grand nombre de femmes et d’hommes qui sont fermement convaincus, comme nous le sommes, que les montagnes sont indispensables à la vie sur terre.

La preuve de cette forte détermination nous est offerte par les 75 comités nationaux chargés de piloter dans le monde les initiatives de l’Année internationale de la montagne. Plusieurs représentants de comités nationaux sont présents parmi nous aujourd’hui.

A mesure que la conclusion de l’Année internationale de la montagne approche et que nous avons l’opportunité de méditer sur ce qui s’est passé durant cette période, nous pouvons être fiers des réalisations. Ensemble, vous avez modifié la manière dont beaucoup considèrent les montagnes et la façon dont ils s’y rapportent.

Nombreux sont ceux, par exemple, qui comprennent désormais la nécessité de protéger la biodiversité de la montagne, de créer des politiques et lois équitables pour les habitants de la montagne, et de mettre en œuvre des stratégies d’appui au développement durable dans les régions montagneuses.

On est également de plus en plus conscient que la moitié de l’humanité dépend des montagnes comme source d’eau douce et que leur mise en valeur durable, en particulier l’aménagement des bassins versants, est vitale pour l’alimentation de la planète en eau douce.

Le monde a maintenant conscience que la diversité génétique que renferment les écosystèmes de montagne aide à garantir la sécurité alimentaire mondiale le future et que les habitants des montagnes sont les gardiens de ces ressources vitales.

Grâce à vos efforts déployés durant l’Année internationale de la montagne, nombreux sont ceux qui ont entendu les mises en garde – que les environnements montagneux sont menacés par le changement climatique, par l’exploitation minière et les pratiques agricoles et forestières non viables, et que dans un grand nombre de régions de la planète, les plus grandes menaces pour les vies et les moyens d’existence des habitants de la montagne sont les conflits armés.

Durant une année où les montagnes ont été le théâtre de nombreux conflits armés de la planète, un message de paix est plus important que jamais.

Sans la paix, les habitants de la montagne ne peuvent rien faire pour améliorer leurs vies. Sans la paix, nous ne pouvons nous unir afin de protéger les bassins versants et la biodiversité. Sans la paix, nous ne pouvons même pas envisager l’aménagement durable des montagnes.

Mesdames, Messieurs,

Vous avez exprimé votre message haut et clair et votre détermination a été inébranlable.

Et grâce à vos efforts, vous avez facilité grandement notre travail à la FAO, en particulier, grâce à la direction claire et décisive fournie par la communauté montagnarde – dont toute la force s’est manifestée au Sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg il y a deux mois.

C’est là, avec divers pays, organismes des Nations Unies et organisations internationales que, nous avons lancé le Partenariat international pour la mise en valeur durable des régions de montagne et confirmé notre détermination collective à trouver des solutions durables aux problèmes des montagnes, ainsi qu’à faire de l’Année internationale de la montagne un véritable catalyseur de changement.

Ici, à Bichkek, il nous incombe de mieux définir le Partenariat et de mettre en commun toutes nos idées et recommandations pour l’élaboration de plans d’action pour l’avenir.

La FAO offre au Partenariat ses travaux en cours en matière d’agriculture, de foresterie, de pêches, de développement rural et d’aménagement des bassins versants et, surtout, ses travaux visant à diminuer la faim et la malnutrition chronique dans le monde.

Le fait qu’une grande partie des 800 millions de personnes sous-alimentées dans le monde vivent dans des régions montagneuses fait réfléchir. Une récente étude multidisciplinaire de la FAO montre que la moitié de la population montagnarde des pays en développement – soit 250 à 370 millions de personnes – est exposée à l’insécurité alimentaire. A la FAO, nous offrirons notre assistance aux pays en développement et aux pays en transition pour les aider à réduire le nombre de personnes victimes de sous-alimentation chronique. Nous les aiderons à mettre au point et à exécuter des stratégies nationales d’aménagement durable de leurs régions montagneuses, et à promulguer des politiques et lois en faveur de la montagne.

Dans nos domaines de compétence, nous servirons de centre d’échange d’informations, mettant en contact les pays ayant des besoins et des idées d’aménagement durable de leurs montagnes à ceux qui ont les moyens, les connaissances et l’expérience. Ce travail constitue un prolongement essentiel et naturel des responsabilités de la FAO en sa qualité de maître d’œuvre pour le Chapitre 13 d’Action 21, le programme mondial de mise en valeur durable des montagnes né à la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement, tenue à Rio de Janeiro en 1992.

Mesdames, Messieurs,

Il est inutile de rappeler qu’il reste beaucoup à faire. Pourtant, en vous voyant tous réunis autour de moi dans cette salle, je suis convaincu que nous atteindrons nos objectifs. Beaucoup a déjà été accompli et la voie est désormais ouverte.

L’an prochain, l’ONU a proclamé l’Année internationale de l’eau douce, qui s’inscrit dans le droit fil de l’Année internationale de la montagne. Les montagnes jouent un rôle clé dans l’alimentation en eau douce de la planète, et notre devoir est de veiller à ce que les questions relatives à la montagne demeurent au rang des priorités mondiales.

Nous devons continuer à nous efforcer de détruire les nombreux mythes qui persistent sur les montagnes – par exemple, que les possibilités de développement en montagne sont minimes. Il nous faut comprendre les opportunités de développer les ressources de montagne de façon durable et rentable, tout en aidant les montagnards à atteindre leurs buts et leurs aspirations.

Si l’Année internationale de la montagne reste gravée dans les annales, ce ne sera pas le résultat de nos promesses sincères ou de nos bonnes résolutions. Ce sera tout simplement parce que nous avons fait preuve de clairvoyance, noué de solides alliances et trouvé des solutions durables.

Je vous remercie.

Discours de bienvenue

Par Son Excellence
Lyonpo Kinzang Dorji
Premier Ministre du Royaume du Bhoutan
À la session d’ouverture
Du sommet mondial de la montagne
De Bichkek
29 octobre 2002

Messieurs les Présidents,
Monsieur le Président de la République kirghize
Excellences,
Messieurs et mesdames les délégués,
Mesdames, Messieurs,

J’ai l’honneur de vous transmettre au nom de Sa Majesté le Roi Jigme Singye Wangchuck, et du Gouvernement et du peuple du Bhoutan, mes vœux les plus cordiaux de réussite du Sommet mondial de la montagne de Bichkek.

Ma délégation voudrait également exprimer toute son appréciation au Gouvernement et au peuple kirghize pour l’excellente organisation de ce Sommet, l’accueil chaleureux et la généreuse hospitalité.

Il est tout à fait à propos que cet événement mondial culminant de l’Année internationale de la montagne ait lieu au Kirghizstan – le lieu de naissance de l’initiative inspirée de proclamer 2002 l’Année internationale de la montagne. Nous vous saluons, Monsieur le Président Akaev, votre gouvernement et votre peuple, pour vos contributions inestimables à la cause des habitants des montagnes. L’AIM a créé une prise de conscience internationale des conditions et enjeux auxquels sont confrontés nos populations, et a mis en lumière l’importance mondiale des écosystèmes de montagne. Elle nous a réuni pour nous efforcer ensemble d’améliorer notre condition commune.

Mesdames, Messieurs,

Si ma délégation désire vivement tirer des enseignements des expériences riches et variées de nos collègues des montagnes, permettez-moi de m’attarder brièvement sur certaines de nos propres expériences qui pourraient présenter un intérêt. Au cours des dernières décennies, le Bhoutan a adopté une approche unique de développement – pour atteindre le « Bonheur national brut », par opposition au but traditionnel du Produit national brut. Cette approche, dont notre Roi, Sa Majesté Jigme Singye Wangchuck, a eu l’idée, préconise une mesure holistique du développement humain. Elle repose sur quatre éléments de même importance, agissant en synergie:

  1. croissance et développement économiques,
  2. conservation et promotion de la culture,
  3. sauvegarde de l’environnement et utilisation durable des ressources naturelles, et
  4. bonne gouvernance responsable.
alphalingmind.eu
Apprenez une nouvelle langue rapidement!
https://alphalingmind.eu/

La poursuite du « Bonheur national brut » a produit de riches dividendes pour notre peuple. Le Bhoutan a atteint un progrès économique soutenu sans compromettre l’intégrité de notre environnement et de notre culture. Nous avons été en mesure de conserver bien plus des 60% de superficies émergées sous couvert forestier requises par nos lois. Nous avons exploité des voies plus durables de croissance économique comme l’essor des installations hydroélectriques et des ressources d’écotourisme, tout en renonçant délibérément aux gains économiques à court terme de la coupe et de la vente de bois d’œuvre. En conséquence, nous sommes en mesure de créer des revenus considérables tout en protégeant les bassins versants et l’habitat de la flore et de la faune. De même, nous avons accordé l’attention qui lui est due à la conservation de nos riches traditions et de notre culture que nous estimons fondamentales pour préserver l’identité et l’âme de notre peuple.

Mesdames, Messieurs,

Ce mois-ci, le Bhoutan a été heureux d’accueillir la conférence de l’AIM en hommage aux femmes de la montagne. Avec 250 participants de 35 pays, c’était la toute première conférence où les femmes de la montagne des quatre coins du monde et de toutes origines se réunissaient pour décider ensemble de la voie à tracer pour un meilleur avenir.

Des manifestations comme « l’Hommage aux femmes de la montagne », et les nombreuses autres initiatives importantes organisées par l’AIM à échelles mondiale et régionale, ont produit une multitude d’idées et de résultats concrets qui peuvent transformer en réalité notre but de promouvoir la conservation et la mise en valeur durable des régions de montagne pour le bien-être de nos populations. Leurs recommandations doivent être mises en oeuvre, et il faut maintenir l’élan créé par l’AIM. A ces fins, ma délégation a fermement appuyé la création du Partenariat international pour la mise en valeur durable des régions de montagne. Nous espérons vivement que ce partenariat favorise une coopération plus étroite entre les nations de montagne et des actions concrètes pour améliorer les moyens d’existence de nos citoyens et la gestion durable de nos écosystèmes. Ma délégation est également heureuse de noter que la Plateforme de la montagne de Bichkek a une vision qui s’étend bien au-delà de l’AIM et se prolongera au XXIème siècle.

Enfin, Mesdames, Messieurs, je suis particulièrement heureux de me joindre au Président Akaev et autres orateurs qui m’ont précédé pour souhaiter la bienvenue à tous les participants de ce Sommet mondial de la montagne de Bichkek. Ma délégation attend avec intérêt de travailler avec vous dans les jours qui viennent.

Merci et Tashi Delek!

Année internationale de la montagne des Nations Unies

Florence Chenoweth
Directrice du FAO Bureau de liaison avec les Nations Unies, New York
Vendredi 15 novembre 2002

Monsieur le Président,
Excellences,
Mesdames et Messieurs les délégués,
Mesdames, Messieurs,

Je suis heureuse de vous présenter aujourd’hui le „rapport provisoire de l’Année internationale de la montagne 2002„.

Il y a un an environ, le Directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), M. Jacques Diouf, était debout devant cette assemblée pour inaugurer l’Année internationale de la montagne.

Qui aurait pu penser que ces géants grandioses aux sommets enneigés comme l’Everest, le Kilimandjaro et le Mt McKinley – symboles de force et de stabilité -auraient besoin d’une année internationale?

Un an s’est écoulé, et des légions d’hommes et de femmes dévoués ont uni leurs forces pour faire savoir au monde que les montagnes étaient réellement des sites fragiles, que les communautés montagnardes étaient victimes de niveaux extrêmement élevés de pauvreté, et que les montagnes comme leurs habitants avaient besoin de l’attention du monde.

Maintenant, grâce à une campagne mondiale de sensibilisation qui a suscité d’innnombrables manifestations spéciales et commémorations, articles de journaux et émissions de télévision, programmes éducatifs et conférences -sans oublier, neuf grandes initiatives mondiales- nombreux sont ceux qui désormais connaissent la vérité:

  • les montagnes sont cruciales à la vie sur terre.
  • la moitié de l’humanité dépend des montagnes comme source d’eau douce.
  • la diversité génétique que renferment les écosystèmes de montagne aident à garantir la sécurité alimentaire des générations futures.
  • Et, chaque jour, l’avenir de ces écorégions uniques et de leurs habitants, est menacé par les conflits armés, le changement climatique, les activités d’extraction minière et les pratiques agricoles et forestières non viables.

Mesdames, Messieurs,

Ensemble, nous avons transformé l’opinion de beaucoup de monde sur les montagnes et leur relation avec les systèmes montagneux.

Nous, à la FAO, somme honorés d’avoir été désignés comme organisation chef de file des Nations Unies pour l’Année internationale de la montagne, et d’avoir collaboré avec les gouvernements, le PNUD, le PNUE, l’UNESCO, l’UNU, et autres organismes des Nations Unies ainsi qu’organisations non gouvernementales, pour soumettre les questions de montagne à l’attention du monde.

Mais une grande partie du travail concret, la formulation de politiques et de programmes qui feront une réelle différence pour les vies des habitants de la montagne, est accompli par les pays eux-mêmes, grâce aux efforts des 77 comités nationaux qui ont piloté les initiatives en faveur de l’Année internationale de la montagne dans le monde entier.

Un tel soutien enthousiaste des pays est, je crois, sans précédent durant une année internationale.

Je vous remercie pour votre dévouement, pour votre enthousiasme et votre encadrement.

C’est par l’action au niveau des pays qu’un changement réel peut avoir lieu. Et maintenant que l’Année internationale de la montagne touche à sa fin, le rôle des pays acquérera une importance encore plus grande.

Nous, à la FAO, sommes déterminés à faire de l’Année internationale de la montagne un véritable catalyseur de changement et à aider les pays à trouver des solutions durables aux problèmes de la montagne.

Avec un certain nombre de pays, d’organismes des Nations Unies et d’organisations internationales rassemblés au Sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg, par exemple, nous avons lancé le Partenariat international pour la mise en valeur durable des régions de montagne.

Reconnu comme instrument de promotion et de renforcement de la coopération entre les parties intéressées aux questions de montagne, le Partenariat a reçu un appui ultérieur ce mois-ci au Sommet mondial de la montagne de Bichkek-l’événement culminant de l’Année internationale de la montagne.

C’est là que la FAO a confirmé son engagement à abriter un secrétariat assurant les services du Partenariat, ainsi qu’à aider les pays à élaborer et à mettre en œuvre des stratégies nationales pour l’aménagement durable de leurs régions de montagne.

Nous considérons cet engagement dans le cadre de la tâche qui nous incombe à la FAO. En tant que maître d’oeuvre pour le Chapitre 13 d’Action 21, le programme d’aménagement durable des montagnes, et en tant qu’organisme des Nations Unies chargé d’accroître les niveaux nutritionnels, d’améliorer la productivité agricole et les vies des populations, beaucoup de nos collègues et partenaires travaillent déjà dans les montagnes.

Il est triste de constater qu’un nombre excesssivement élevé des 800 millions de personnes victimes de sous-alimentation chronique vit en montagne. Une étude pluridisciplinaire conduite récemment par la FAO indique que la moitié de la population montagnarde des pays en développement et en transition – soit 250 à 370 millions de personnes- est exposée à l’insécurité alimentaire.

En créant les conditions de mise en valeur durable des régions de montagne, nous pouvons faire de grands pas en avant pour garantir de la nourriture pour tous.

Mesdames, Messieurs,

Les défis auxquels sont confrontés les systèmes montagneux de la planète et leurs habitants sont encore aussi énormes que les montagnes elles-mêmes. Mais ensemble – gouvernements, organismes des Nations Unies, Grands Groupes et organisations du secteur privé- nous pouvons faire en sorte que l’Année internationale de la montagne favorise une action à long terme.

Ensemble, nous pouvons améliorer le bien-être des populations e montagne. Ensemble, nous pouvons garantir la protection des écosystèmes de montagne fragiles. Ensemble, nous pouvons promouvoir la paix et la stabilité dans les régions montagneuses.

Je vous remercie de votre attention.

Cartographier la vulnérabilité dans les montagnes du monde

Certaines des personnes les plus pauvres et les plus affamées de la planète vivent dans les zones de montagne. Beaucoup d’autres montagnards vivent dans des conditions qui mettent quotidiennement à rude épreuve leurs moyens d’existence. Où vivent ces personnes vulnérables, leurs méthodes de survie et comment améliorer leurs vies sont les thèmes d’une nouvelle étude multidisciplinaire de la FAO « Vers une analyse des environnements et des populations de montagne par système d’information géographique ».

L’étude a constaté que 245 millions de montagnards ruraux dans les pays en développement et en transition pourraient être à risque, voire souffrir de la faim.

A l’aide de données géo-référencées nouvellement disponibles, les chercheurs du groupe Système d’information géographique (SIG), de la FAO ont cartographié et analysé des informations détaillées sur les nombres de personnes vulnérables, les endroits où elles vivent et leurs systèmes de survie dans les divers environnements montagneux du monde.

Cette recherche en cours est une phase cruciale pour mieux comprendre les conditions à l’origine de la vulnérabilité dans les régions de montagne et trouver des solutions durables pour la combattre. Elle tombe aussi particulièrement bien au moment où les messages de l’Année internationale de la montagne 2002 sont transformés en action concrète et où des moyens de répondre aux besoins et aux problèmes spécifiques des habitants de la montagne à l’échelle mondiale sont étudiés.

Plus grande vulnérabilité aux plus faibles altitudes

Une des conclusions les plus significatives de l’étude est que la plupart des montagnards vulnérables ne vivent pas à haute altitude. Si on sait pertinemment que la vie est dure sur les hauts plateaux des Andes ou les sommets de l’Himalaya, le fait est que la plupart des personnes vulnérables en montagne vivent à moins de 2 500 m, à mi-pente ou plus bas.

L’élevage est une des sources principales de revenus pour beaucoup de ces montagnards. Les populations de montagne augmentent, et les têtes de bétail font de même, ce qui a des effets parfois dévastateurs sur l’environnement et la sécurité alimentaire des ruraux vivant de l’élevage. L’étude a découvert que quelque 70% des superficies montagneuses de la planète sont utilisées comme pâturages et elle indique que les éleveurs de montagne se heurtent désormais à une crise écologique croissante. La densité démographique sur les pâturages à des altitudes de 3 500 m a atteint ou dépassé le point critique de 25 personnes par km˛. Cette pression croissante constitue une menace sérieuse pour les écosystèmes fragiles de montagne et les moyens d’existence de leurs habitants.

Lutter contre la vulnérabilité et améliorer les moyens d’existence

En général, les zones de montagne ne sont pas adaptées à l’agriculture: la FAO a estimé que 78 pour cent des montagnes du monde ne sont pas du tout ou très peu adaptées aux cultures. La plupart des ruraux de montagne associent donc les cultures vivrières et fourragères à l’élevage et l’exploitation des forêts. Selon le rapport, un meilleur aménagement des parcours et une meilleure intégration des cultures et de l’élevage devraient constituer des priorités à toutes les altitudes de 500 à 3 500 m.

L’aménagement des forêts et des parcours pourraient ne pas être les seuls moyens d’améliorer les vies des montagnards pauvres. L’étude de la FAO conclut en suggérant des mesures dans quatre autres domaines clés -eau, agriculture, conservation et tourisme, et industrie et services -qui détiennent tous un potentiel de protection des environnements de montagne et d’amélioration du bien-être de leurs habitants, dans le présent comme à l’avenir.

Quelques cas
Certaines communautés de montagne ont trouvé des moyens novateurs de créer des revenus et de lutter contre la pauvreté et la faim. Pour en savoir plus et lire des études de cas sur les techniques d’adaptation des communautés, cliquer ici.

Merano – première réunion mondiale du Partenariat de la montagne

Le Partenariat de la montagne, lancé au Sommet mondial pour le développement durable (SMDD) en 2002, est une alliance-cadre de pays, d’organisations intergouvernementales et de grands groupes ayant pour vocation d’améliorer les conditions de vie des montagnards et de protéger les environnements de montagne du monde entier. La Conférence de Merano en octobre 2003 a constitué une date clé pour le Partenariat de la montagne: il s’agissait de la première assemblée mondiale qui a permis à ses membres d’identifier les besoins, priorités et problèmes communs et approfondir les thèmes clés liés à la structure, à la composition et à la gouvernance du Partenariat.

La Conférence, organisée par le Gouvernement italien, a attiré quelque 150 délégués de quatre continents. Les participants ont prononcé des allocutions et fait des présentations sur les grandes questions intéressant la montagne, à savoir l’environnement, la pauvreté, le savoir-faire local, la science, la recherche et la formation, la coopération régionale, les questions féminines, le sport et le tourisme.

Les délégués ont convenu que le nombre et la portée des réseaux existants de montagne constituaient un point de départ solide pour exploiter les connaissances, compétences et l’expertise nécessaires à la création de partenariats oeuvrant concrètement à la mise en valeur durable des montagnes.

Mais surtout, la Conférence a entériné Les 'Principes directeurs', comprenant la décision de la FAO d’accueillir un Secrétariat pour assurer les services du Partenariat de la montagne. A la clôture de la Conférence, les participants ont formulé une série de Conclusions visant à donner une orientation future à la composition, à la gouvernance et à l’action du Partenariat.

Prochaines mesures

Le Secrétariat provisoire du Partenariat à la FAO a récemment distribué aux membres un petit questionnaire visant à recueillir des informations sur les questions à aborder en priorité, et à déterminer ce que chaque membre peut apporter au Partenariat en termes d’expertise, de connaissances, de compétences et d’activités.

Ces informations serviront à élaborer des „initiatives de partenariat”, sur la base de secteurs thématiques ou géographiques spécifiques. Des informations sur la création de ces initiatives seront disponibles prochainement.

Principes directeurs

Partenariat international pour la mise en valeur durable des regions de montagne

Approuvés par les Membres du Partenariat international pour la mise en valeur des régions de montagne, baptisé „Partenariat de la montagne”', en préparation de leur première réunion mondiale à Merano (Italie), 5-6 octobre 2003.

CONTEXTE

Depuis plus de dix ans, la communauté internationale et l’ONU portent un intérêt croissant à l’amélioration des moyens d’existence et de l’environnement dans les régions montagneuses du globe grâce à la mise en oeuvre du Chapitre 13 du programme Action 21: „Gestion des écosystèmes fragiles- mise en valeur durable des montagnes”.

L’Assemblée générale des Nations Unies a proclamé 2002 Année internationale de la montagne afin de faire prendre conscience de la nécessité urgente de protéger les écosystèmes montagneux de la planète et améliorer les conditions de vie de leurs habitants.

L’importance des montagnes et des écosystèmes montagneux a été accentuée par le lancement du Partenariat international pour la mise en valeur des régions de montagne (dénommé „Partenariat de la montagne”) au Sommet mondial sur le développement durable (SMDD) de Johannesburg en septembre 2002. Le Partenariat, un résultat de 'Type II' du Sommet, vise à encourager la mise en oeuvre du paragraphe 42 du Plan d’action du SMDD requérant des actions à tous les niveaux pour protéger les environnements et les moyens d’existence en montagne en intégrant les composantes environnementales, économiques et sociales de la mise en valeur durable des montagnes.

Le Partenariat de la montagne est officiellement défini par son document du concept de base (baptisé ci-après le „Document de Bali”), qui a été examiné et mis au point par les parties intéressées durant le processus préparatoire du SMDD.

Fin 2002, l’importance des montagnes a été ultérieurement reconnue dans la Résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies pour l’Année internationale de la montagne (A/RES/57/245). La Résolution prenait également note de la Plateforme mondiale de la montagne de Bichkek, un cadre d’action future pour la mise en valeur durable des montagnes, publiée au Sommet mondial de la montagne de Bichkek (novembre 2002), la manifestation clou de l’Année internationale de la montagne.

Les promoteurs du Partenariat de la montagne (Gouvernement suisse, FAO, PNUE), ainsi que le Gouvernement italien et le Forum de la montagne ont depuis lors entamé un processus de développement du Partenariat. Jusqu’à présent, ce processus itératif a compris une série de mesures clés en 2003, notamment: deux réunions en Suisse, une consultation électronique modérée par le Forum de la montagne et ouverte à tous les membres du Partenariat, une manifestation parallèle à l’occasion de la CDD-11 à New York, ainsi que le processus préparatoire de la première réunion mondiale des membres du Partenariat de la montagne à Merano (Italie).

OBJECTIFS ET STRATEGIE

Conformément aux buts généraux énoncés dans le Document de Bali, le Partenariat de la montagne est une alliance volontaire de gouvernements nationaux, organisations intergouvernementales, autorités locales et régionales, organisations non gouvernementales, secteur privé, communauté universitaire et autres représentants des grands groupes qui oeuvrent de concert pour „améliorer les moyens d’existence, la conservation et la gestion responsable dans tous les paysages montagneux du monde”. Les buts et les domaines prioritaires sont énoncés dans le paragraphe 42 du Plan d’action du Sommet de Johannesburg.

Le Partenariat de la montagne vise à encourager et à promouvoir des initiatives et des alliances concrètes, par ex. sous la forme de programmes et projets participatifs de protection des écosystèmes de montagne, de sauvegarde des traditions sociales et culturelles et de lutte contre la pauvreté chronique dans les régions de montagne aux niveaux mondial, national et local. Dans ce contexte, un principe fondamental sera d’exploiter les réseaux et institutions déjà existants et de tirer des enseignements de leur expérience dans le but de renforcer les synergies et de développer l’efficacité et la productivité.

Le Partenariat de la montagne contribuera également à la définition et à la mise en oeuvre de politiques fondées sur une évaluation adéquate des ressources naturelles et culturelles des populations montagnardes et au soutien des capacités institutionnelles. Il pourrait aussi envisager d’aborder d’autres thèmes tels que les montagnes comme source de loisirs et d’inspiration, la production et l’utilisation d’énergie durable, la réduction de la vulnérabilité aux catastrophes naturelles, les savoirs traditionnels et la recherche scientifique. Compte tenu du caractère transfrontalier de nombreux systèmes de montagne, il sera essentiel de relier les efforts locaux, nationaux et mondiaux pour une mise en valeur viable à long terme.

STRUCTURE ET FONCTIONS

Tel qu’il est énoncé dans le Document de Bali, le Partenariat de la montagne est conçu comme une alliance-cadre à laquelle tous les partenaires peuvent adhérer pour des initiatives spécifiques en fonction de leur intérêt et de leurs domaines de compétence. Ces initiatives sont les composantes et la substance même du Partenariat de la montagne.

Le Partenariat de la montagne servira de mécanisme de mise en réseau, de communication et d’information et de centre d’échange pour ses membres. Il viendra compléter, soutenir et renforcer les initiatives en cours d’aménagement durable des montagnes.

Le Partenariat de la montagne servira de trait d’union pour les initiatives communes, facilitant les contacts entre pays et institutions en vue d’activités conjointes et créant des conditions de coopération et la mobilisation des ressources au niveau national, régional et mondial.

Le Partenariat de la montagne instaurera des liens avec les instruments multilatéraux existants tels que la Convention sur la diversité biologique (CDB), la Convention des Nations Unies de lutte contre la désertification (UNCCD), la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (UNFCCC), la Stratégie internationale de prévention des catastrophes (ISDR) et autres instruments pertinents.

Le Document de Bali stipule que le Partenariat de la montagne devrait disposer d’un mécanisme de liaison d’accès facile (dénommé ici „le Secrétariat”), qui aidera à rapprocher les activités existantes de mise en valeur des montagnes et à favoriser les synergies et complémentarités en vue d’une collaboration plus étroite. Il permettra ainsi d’éviter le double emploi, d’atteindre une plus grande cohérence et de meilleurs résultats en termes de développement durable. Il ne sera pas appelé, toutefois, à coordonner les actions des membres, ni à assigner des tâches et des responsabilités spécifiques aux membres.

Le Secrétariat sera également chargé de rendre compte à la Commission sur le développement durable (CDD).

Il sera accueilli dans les locaux de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et financé par des contributions volontaires. Sa composition est multipartenaires. Ses principales tâches consisteront à offrir des services de communication, de gestion des connaissances et de courtage, servant de bureau de liaison pour les partenaires.

Durant la période interimaire qui prendra fin en 2004, un service de secrétariat provisoire a été mis en place à la FAO avec la contribution de la FAO, du PNUE et du Forum de la montagne. Durant cette phase, il sera chargé d’évaluer les besoins des membres, ce après quoi, le travail, la structure et l’organisation du Secrétariat seront examinés et perfectionnés dans une optique à plus long terme.

GOUVERNANCE

Le Partenariat de la montagne est un réseau souple et en pleine évolution de groupes intéressés à travailler ensemble. Sa nature innovante en tant que Partenariat cadre implique qu’elle ne requiert pas un mécanisme complexe de gouvernance. Le Partenariat devra être guidé par une simple structure de gouvernance afin de répondre aux intérêts et aux problèmes des parties prenantes et veiller à la légitimité et à la transparence des décisions.

La gouvernance du Partenariat de la montagne se fondera sur plusieurs principes, à savoir: la participation démocratique de tous les membres; la transparence et la mise en jeu de la responsabilité financière; la réactivité; et l’efficacité et l’utilité.

La structure de gouvernance du Partenariat de la montagne sera précisée ultérieurement par un processus consultatif ouvert à l’ensemble des membres.

CRITERES D’ADHESION ET ENGAGEMENTS DES MEMBRES

L’adhésion au Partenariat de la montagne est ouverte à tous les gouvernements, y compris les autorités locales et régionales, les organisations intergouvernementales et autres organismes dont les objectifs et les activités sont conformes à la vision et la mission du Partenariat, et qui répondent aux critères d’adhésion, notamment:

  • Adoption des principes généraux et des buts du Partenariat de la montagne;
  • Participation à la mise en valeur durable des montagnes;
  • Développement institutionnel, avec un certain niveau de stabilité en termes de financement et de viabilité organisationnelle à long terme;
  • Capacité de satisfaire aux rôles et responsabilités des membres, tels qu’ils sont définis par le Partenariat de la montagne. Les membres du Partenariat de la montagne devraient s’acquitter des principaux rôles et responsabilités suivants:
  • Lancer et participer à des activités en collaboration avec les autres partenaires;
  • Contribuer aux activités du Partenariat de la montagne en partageant l’information et les connaissances par divers moyens, notamment: fournir des liens au site web du Partenariat de la montagne; communiquer des „success stories”, études de cas et/ou enseignements à la base de connaissances du Partenariat de la montagne; ou participer aux débats virtuels et aux conférences électroniques;
  • Participer et contribuer aux réunions et manifestations du Partenariat, lorsque les circonstances le permettent.

Les droits et obligations des membres du Partenariat feront l’objet d’examens ultérieurs durant la période de démarrage et d’éventuelles modifications.

Étude de cas inter-régionale

Le café est le second produit commercial légal après le pétrole. Plus de 60 pour cent de la production est assurée par des exploitations familiales de moins de 10 hectares. Près de 25 millions d’agriculteurs, notamment dans les pays en développement, en sont tributaires. Le café arabica, qui représente environ 70 pour cent du commerce du café mondial, ne se cultive que dans des montagnes et des hautes terres tropicales.

Dean’s Beans® est une société de torréfaction et d’importation de café biologique certifié, participant au commerce équitable. La société conçoit et soutient également des projets de développement communautaire ainsi que l’action sociale dans le pays où elle est implantée et dans les villages des montagnes du monde entier. Chacun des acteurs impliqués dans la chaîne de production et de distribution de Dean’s Bean’s®, de l’agriculteur au consommateur, participe à un commerce socialement équitable et respectueux de l’environnement.

Dean’s Beans® a été lancé en 1993 comme instrument du changement économique et social, mais c’est également une entreprise rentable. Grâce à l’adoption d’une approche attentive à une “croissance soutenue par l’environnement”, ses ventes annuelles s’élèvent aujourd’hui à plus de 1,3 million de dollars E.U. et la société offre la plus grande sélection des cafés biologiques produits dans le cadre du commerce équitable aux États-Unis.

Dean’s Beans® achète le café aux coopératives de cultivateurs de 11 pays et entretient des relations personnelles avec chacune d’entre elles, y compris par le soutien de projets visant à améliorer l’infrastructure de production et de transformation, l’accès au crédit, l’approvisionnement en eau pure, la protection de l’environnement et, ce qui est tout aussi important, la prévention des conflits. L’augmentation des revenus des ménages, une plus grande stabilité des communautés (par la diminution de l’exode), une meilleure santé communautaire, la dignité et la fierté associées à la participation à un processus de développement autonome par le biais d’un travail honnête, peuvent être cités au nombre des effets positifs. Les coopératives de producteurs se situent sur les hautes terres du Brésil, de la Colombie, du Costa Rica, du Timor oriental, de l’Éthiopie, du Guatemala, du Mexique, du Nicaragua, de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, du Pérou et de Sumatra.

Étude de cas sur l’Amérique latine

La racine andine arracacha est une tubercule nutritive et potentiellement très versatile. Il s’agit pourtant d’une espèce menacée car elle a été fortement sous-utilisée, notamment au Pérou où sa biodiversité est la plus grande. Dans le cadre d’un programme plus vaste destiné à améliorer la qualité de vie des familles rurales dans les Andes , un projet a été réalisé de 1999 à 2002 pour encourager la culture et la consommation de l’arracacha dans les communautés montagnardes locales du Pérou, de la Bolivie et de l’Équateur. Le Centre international de la pomme de terre (CIP) a été le principal organisme responsable. Les objectifs ont consisté à développer la culture de la plante, à résoudre les problèmes de stockage, à rechercher des applications culinaires, et de manière générale, à soutenir la production locale et à accroître la compétitivité du produit à l’échelle régionale.

À Sucse, dans le district de Sócota au Pérou, le même projet a permis d’offrir une aide aux communautés qui transformaient l’arracacha en un entremets sucré appelée rallado. Le projet a permis d’aider les petites entreprises familiales productrices de rallado à améliorer les techniques de transformation en associant les technologies locales et les connaissances scientifiques. D’importantes innovations ont été introduites dans la plantation et la propagation de l’arracacha. Les techniques de transformation ont également été modifiées pour répondre aux normes sanitaires de qualité. Les entreprises ont aussi été soutenues dans le développement des marchés, des capacités et de l’organisation.

Le projet a réussi à mettre en valeur cette racine andine, et a encouragé et accru sa biodiversité. Les producteurs d’arracacha ont pu ainsi augmenter le prix de vente et accroître la quantité de produit frais qu’ils commercialisent. Les marges de profit tirées de la vente du rallado ont également progressé, ce qui a contribué à créer de nouveaux emplois et à améliorer les revenus – et donc le moral – des 160 familles qui vivent dans la communauté de Sucse. De nouveaux marchés ont été recherchés et développés.

Un autre objectif du projet a été d’encourager l’invention de nouvelles recettes afin de stimuler la consommation locale, ce qui a inspiré d’autres initiatives pour utiliser les produits de l’arracacha, comme l’ouverture d’une boulangerie et d’un restaurant locaux.

Étude de cas sur l’Amérique du Nord

a forêt communale de Harrop-Procter, qui couvre 11 000 hectares, fait l’objet d’un accord pilote conclu entre Harrop-Procter Watershed Protection Society (HPWPS) et le Ministère des forêts de la province de Colombie britannique, au Canada. Le projet est planifié et géré par les villages non incorporés de Harrop et Procter de cette province. Il a été mis en place à la suite d’une pétition soumise à HPWPS par la majorité des résidents d’Harrop-Procter, soucieux d’empêcher que les pentes de propriété publique en amont de leur communauté ne soient déboisées. La communauté craignait que cette mesure ne pollue les ruisseaux dont ils extraient de l’eau potable, qu’elle ne menace la faune sauvage locale et ne gâche la beauté des contreforts montagneux.

La forêt communale de Harrop-Procter est aujourd’hui gérée par la coopérative communale Harrop-Procter. Deux sociétés y sont installées. Sunshine Bay Botanicals est une société de produits phytosanitaires et de produits forestiers non ligneux certifiés biologiques qui fabrique des thés, des tisanes et des teintures. Harrop-Procter Forest Products produit du bois d’œuvre, du bois de sciage et des produits forestiers à valeur ajoutée, tels que des revêtements de sols, des panneaux de toit, du bois de parement et des petits meubles. La coopérative de la communauté a également élaboré un projet de société d’éco-tourisme ; toutefois, cette société ne sera pas lancée tant que d’autres initiatives à valeur ajoutée ne seront pas solidement établies.

La création de la forêt communale a été rendue possible grâce à un nouveau programme du gouvernement du ministère de la forêt de la Colombie britannique qui consiste à accorder des permis d’exploitation des terres dans les forêts à des communautés. Ce régime garantit que les terres seront gérées par une même communauté pendant un nombre d’années déterminé. Cette option renforce le sens de propriété et incite les communautés à investir du temps et de l’argent dans le projet. Les permis ne sont accordés que pendant cinq ans. Il est donc difficile d’attirer des investissements à des taux raisonnables pour s’allier des associés commerciaux et pour planifier l’infrastructure.

La forêt communale de Harrop-Procter a réussi à mobiliser la participation de la communauté et à gérer les écosystèmes locaux. Les campagnes organisées pour protéger les forêts locales, puis pour obtenir le permis d’exploiter les terres ont encouragé le grand public à soutenir la communauté et ont rallié la majeure partie des résidents sous une “même bannière”. Les principes de gestion de la coopérative de la communauté de Harrop-Procter, fondés sur les écosystèmes, garantissent que les écosystèmes forestiers pour ainsi dire vierges et auxquels la communauté attache une grande valeur sont gérés de manière responsable. Parmi d’autres aspects touchant à la protection de l’environnement, le plan tient également compte de la qualité de l’eau, de la composition des sols, de la diversité biologique, de la faune sauvage, de la pêche, des loisirs, des zones riveraines, de l’héritage culturel, des produits botaniques forestiers et de l’esthétisme.

On estime qu’au cours des trois premières années, la forêt communale a généré plus de 1 000 000 dollars canadiens, soit 761,209 dollars E.U., de revenus locaux.

La forêt communale Harrop-Procter est un exemple d’initiative locale, génératrice de revenus, ayant réussi à encourager la viabilité sociale et la durabilité de l’environnement dans une région de montagne. Le modèle grâce auquel la communauté a pu atteindre ces buts peut être reproduit ailleurs.