Connaissances indigènes

Les nombreux groupes ethniques originaires de l’Hindu Kuch-Himalaya (HKH) ont appris au fil des millénaires comment vivre en harmonie avec la nature, même dans certaines des zones les plus fragiles et des climats les plus hostiles de la sous-région. Ils ont transmis ces connaissances oralement d’une génération à l’autre et les ont utilisées pour se nourrir, s’habiller, se loger et se soigner tout en s’assurant le soutien de la nature pour la postérité. Ce n’est que récemment que cet équilibre a été miné. Les savoirs indigènes souffrent d’un déclin et sont passablement ignorés par le développement moderne.

Récemment, toutefois, on reconnaît de plus en plus la contribution des savoirs indigènes à la science moderne et au développement durable. Le coup d’envoi a été donné pour sauver ce précieux patrimoine avant qu’il ne disparaisse.

En quoi consistent les savoirs indigènes de l’HKH?

Les savoirs indigènes sont une source fondamentale de connaissances sur l’environnement et une stratégie de survie adaptée aux écosystèmes spécifiques de l’Hindu Kuch. Ils guident les communautés autochtones dans leurs pratiques d’agriculture traditionnelle, agroforesterie, médecine botanique, élevage, artisanat, etc. Parallèlement, ils encouragent l’utilisation durable du sol, de l’eau et de la biodiversité. Les valeurs et croyances culturelles entrent en jeu et aident à maintenir l’équilibre entre les êtres humains et la nature.

Ne pas les perdre, les utiliser

Les connaissances et les valeurs traditionnelles sont généralement supplantées par les pratiques et les valeurs modernes. Mais on constate un intérêt croissant pour la sagesse autochtone et son application au développement pour une plus vaste participation des communautés de base, une meilleure viabilité et conservation de l’environnement.

Ev-K²-CNR est un membre du Partenariat de la montagne qui documente et diffuse les techniques indigènes pour un meilleur aménagement des ressources naturelles dans l’HKH. Un autre membre du Partenariat, le Centre international pour la mise en valeur intégrée des montagnes (ICIMOD), applique et favorise l’utilisation des connaissances locales aux efforts de développement de la région, souvent en association avec les technologies modernes. Il travaille également en coopération avec l’UNESCO, également membre du Partenariat, pour proposer des ateliers en faveur du respect des valeurs et des connaissances indigènes dans les initiatives de développement. Ceci comprend la promotion de politiques qui protègent les droits des autochtones sur leurs propres savoirs. A cet égard, notons en particulier les connaissances ethnobotaniques, les biotechnologies et les compagnies pharmaceutiques ayant obtenu moult informations sur les usages des plantes médicinales des guérisseurs indigènes de l’Hindu Kuch.

Le saviez-vous?

  • La médecine indigène de l’Hindu Kuch a une longue histoire et a eu un rôle fondamental dans la médecine ayurveda hindoue, de la médecine tibétaine bouddhiste et de la médecine Yunani utilisée en Islam.
  • Les Vedas – textes sacrés hindous datant d’il y a 4 500 ans- comptent parmi les documents les plus anciens d’utilisation de plantes médicinales dans l’Himalaya.
  • Dans la région du Mont Makalu à l’est du Népal, plus de 700 plantes médicinales sont cueillies.
  • Le chiraito (Swertia chirata), récolté dans les forêts reculées du Népal, est un remède efficace contre les parasites intestinaux. La plante sert à de nombreuses communautés locales, qui sont victimes d’épidémies de nématodes.
  • Des milliers de Garhwalis des villages éloignés de l’Himalaya occidental ont adhéré en 1974 à la campagne environnementale (mouvement Chipko). Ils ont obtenu gain de cause en protestant sans conflits contre les politiques d’exploitation forestière du gouvernement qui menaçaient leurs moyens traditionnels d’existence.
  • A une foire annuelle tenue à Dali, en province de Yunnan (Chine), quelque 550 espèces d’herbes médicinales et des centaines de plantes alimentaires sont échangées par les montagnards.
  • Dans certaines parties de l’Himalaya occidental, les frontières des villages ont été tracées aux temps les plus reculés par des agriculteurs chevronnés, sur la base des bassins versants. Les villageois respectent encore ces frontières à l’heure actuelle.
  • Les techniques traditionnelles de collecte des eaux de pluie dans de petits étangs creusés dans l’Himalaya occidental ont été améliorées en revêtant le fond de feuilles de polyéthylène basse densité pour réduire les écoulements.
  • Au lieu d’un calendrier solaire, les paysans du Ladakh utilisent un système de prévisions météo, entre autres. Il comporte l’observation du soleil, les croyances astrologiques, les observations des saisons précédentes et l’application de la sagesse traditionnelle.
  • Dans la région de Zixishan, au sud-ouest de la Chine, les populations locales croient que le Mt Zixi est la colonne vertébrale d’un dragon qui commande l’alimentation en eau et la pluie. Les croyances populaires empêchent les communautés d’exploiter les forêts sur le dos du dragon si elles ne veulent pas être victimes d’une sécheresse.

Les membres du Partenariat de la montagne travaillent avec les savoirs indigènes dans l’Hindu Kuch

Ev-K²-CNR s’occupe d’en savoir plus sur les communautés originaires de l’Hindu Kuch, en se concentrant sur certaines communautés de la Région autonome du Tibet, de Qinghai et du Népal. Il entend utiliser ces informations pour contribuer à la conservation de la culture et de la biodiversité et améliorer les stratégies de développement.

Le Centre international pour la mise en valeur intégrée des montagnes (ICIMOD) étudie, protège et partage les savoirs indigènes dans ses efforts de réduction de la pauvreté dans l’Hindu Kuch et de promotion de pratiques d’aménagement des ressources durables. Deux principaux axes de ses travaux sur les savoirs indigènes sont les ressources ethnobotaniques et les systèmes indigènes d’aménagement des pâturages.

Les programmes du Mountain Institute encouragent la conservation et la création d’entreprises communautaires dans le HKH faisant fond sur les savoirs indigènes locaux et les traditions culturelles.

Le Programme Asie de l’Union mondiale pour la nature (UICN) documente les connaissances traditionnelles dans l’Hindu Kuch. Il vise à renforcer les capacités des institutions locales de faciliter la conservation de la biodiversité et garantir leurs droits pour tirer parti de l’utilisation de ces savoirs.