Savoirs traditionnels et agriculture

Voici des millénaires que les populations autochtones survivent dans les montagnes d’Asie Centrale en respectant les traditions basées sur une profonde connaissance des environnements délicats et hostiles. Ceci, avant que leurs moyens d’existence ne connaissent des revers. Sous le régime soviétique- ou sous ses auspices, dans le cas de la Mongolie- leurs systèmes traditionnels de production et de gestion des ressources ont été largement remplacés par des systèmes de planification centrale, et la population a fait un bond. A la fin des années 80, la transition vers une économie de marché a forcé les montagnards d’Asie Centrale à retourner à l’agriculture primaire et de subsistance, essentiellement sans les structures, les ressources, le savoir-faire, l’équipement ou les réglementations communautaires pour la rendre durable.

A la recherche d’autres solutions viables, les efforts de développement se tournent vers les “coutumes d’antan” en contactant les anciens des villages et en se tournant vers le passé pour trouver des solutions pour l’avenir. On espère pouvoir adapter les savoirs traditionnels et les systèmes agricoles au contexte moderne pour restituer aux montagnes un équilibre écologique.

Le temps jadis

La plupart des groupes ethniques des montagnes d’Asie Centrale subviennent à leurs besoins depuis toujours par le pastoralisme — nomade ou transhumant. D’autres groupes — en particulier les Tadjiks des montagnes du Pamir occidental — vivaient dans des communautés sédentaires, s’occupant des cultures et des animaux. Ils avaient conçu des systèmes de soutien complexes pour la planification agricole, la gestion des ressources, l’affectation des terres et l’organisation des tâches.

Repenser les systèmes traditionnels

Les efforts de développement s’efforcent d’appliquer, de mettre à jour et d’améliorer les savoirs et les systèmes traditionnels des communautés de montagne d’Asie Centrale. Ce faisant, ils visent à mieux impliquer les populations locales et à trouver des solutions adaptées aux contextes locaux et à satisfaire les besoins des communautés à long terme.

De récentes études menées par des organisations comme l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), membre du Partenariat de la montagne, révèlent que le pastoralisme peut être le moyen le plus efficace d’utiliser les ressources dans les zones arides et marginales. Pourtant, d’autres rapports soutiennent que le pastoralisme, tel qu’il est actuellement pratiqué, n’est pas viable. Autre membre du Partenariat, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), a publié ces conclusions sur l’Altaï en Mongolie, expliquant que les gardiens de troupeaux ont abandonné la tradition de se déplacer au rythme des saisons ce qui cause une forte dégradation de l’environnement. Des projets du PNUD travaillent pour améliorer la réglementation et l’allocation des pâturages, en mettant à profit les systèmes traditionnels et en aidant à renforcer les institutions.

Le saviez-vous?

  • En Mongolie, environ 32 millions de têtes de bétail broutent sur plus de 120 millions d’hectares.
  • Depuis que la Mongolie a commencé sa transition vers une économie de marché à la fin des années 80, les animaux et les gardiens de troupeaux ont augmenté. Toutefois, le coefficient bétail/gardiens a chuté à un niveau économiquement non viable: 60 pour cent environ de tous les éleveurs ont moins de 100 têtes de bétail.
  • Les éleveurs ne sont pas liés à un endroit en particulier, ils peuvent déplacer leurs animaux pour suivre les pluies ou pour brouter dans des zones de pâturage saisonnier. En même temps, ils sont plus vulnérables que d’autres aux phénomènes météorologiques extrêmes ou aux risques naturels, comme les calamités liées à la sécheresse ou à la neige.
  • Plusieurs groupes de populations indigènes- environ 350 000 personnes- habitent dans l’écorégion Altai-Sayan.
  • Les éleveurs des montagnes d’Asie Centrale ont essentiellement des ovins, des caprins, des bovins, des yaks et des chevaux.
  • Les animaux préférés en Mongolie sont les chevaux; les moutons et les chèvres à l’ouest, dans les ” stans ”; et souvent les chameaux dans le Pamir aride.
  • Certains éleveurs de Mongolie du Nord ont des rênes qu’ils traient et les montent comme d’autres mongoliens ont des chevaux.
  • L’agriculture durant la période soviétique a provoqué une grave détérioration des sols à cause de la forte mécanisation, du recours excessif aux engrais chimiques et aux pesticides, de la monoculture, et de l’utilisation excessive d’eau pour l’irrigation.
  • Sous le régime soviétique, le coton est devenu la seule culture dans de nombreuses parties d’Asie Centrale, par exemple, dans les plaines et les vallées du Tadjikistan.
  • Les éleveurs ont résisté aux tentatives du gouvernement de les forcer à réduire leurs troupeaux pour limiter les dégâts à l’environnement.
  • Les éleveurs considèrent normalement de gros troupeaux comme symboles de richesse et de sécurité contre les climats imprévisibles et les maladies des animaux.
  • La conservation n’est certes pas une préoccupation pour les éleveurs. Par le passé, ils migraient sur d’immenses territoires, se déplaçant au fur et à mesure de la raréfaction des pâturages et de l’eau.

Les membres du Partenariat de la montagne s’occupent de savoirs traditionnels et d’agriculture en Asie Centrale

Le Programme des montagnes d’Asie Centrale (CAMP) du Centre pour le développement et l’environnement (CDE) étudie les systèmes de production locaux et travaille avec les communautés, le gouvernement, le secteur privé et d’autres partenaires pour améliorer les moyens d’existence et la stabilité écologique. L’accent est mis en actuellement sur les systèmes pastoraux du Kirghizstan, du Tadjikistan et du Kazakhstan.

Les savoirs traditionnels et les systèmes de production sont fondamentaux pour les projets que le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) entreprend dans les montagnes d’Asie Centrale pour promouvoir l’utilisation durable des ressources et les moyens d’existence. Le PNUD s’occupe également d’activités de renforcement des institutions à l’appui des systèmes d’élevage traditionnels.

calendrier Kishlak

Les anciens des kishlaks de montagne reculés [petits villages du Tadjikistan] utilisent encore le calendrier agricole populaire qui réglemente rigoureusement tous les cycles des pratiques agricoles. Le calendrier solaire “isobi mard” est très répandu; le temps est mesuré selon « le mouvement du soleil sur le corps d’un homme »: durant le dernier mois d’hiver « khut » (le poisson), le soleil se déplace vers « darmon » (intestins) – neuf jours- puis vers « pourouk » (côtes) – trois jours-et vers « dil » (cœur) – neuf jours. C’est la bonne période pour épandre le fumier, réparer les outils, nourrir les boeufs pour les fortifier en vue des labours; les femmes se préparent pour le Festival du Nouvel An, Navruz.

L’État des montagnes du monde — rapport mondial
Programme de la montagne, 1992