Cartographier la vulnérabilité dans les montagnes du monde

Certaines des personnes les plus pauvres et les plus affamées de la planète vivent dans les zones de montagne. Beaucoup d’autres montagnards vivent dans des conditions qui mettent quotidiennement à rude épreuve leurs moyens d’existence. Où vivent ces personnes vulnérables, leurs méthodes de survie et comment améliorer leurs vies sont les thèmes d’une nouvelle étude multidisciplinaire de la FAO « Vers une analyse des environnements et des populations de montagne par système d’information géographique ».

L’étude a constaté que 245 millions de montagnards ruraux dans les pays en développement et en transition pourraient être à risque, voire souffrir de la faim.

A l’aide de données géo-référencées nouvellement disponibles, les chercheurs du groupe Système d’information géographique (SIG), de la FAO ont cartographié et analysé des informations détaillées sur les nombres de personnes vulnérables, les endroits où elles vivent et leurs systèmes de survie dans les divers environnements montagneux du monde.

Cette recherche en cours est une phase cruciale pour mieux comprendre les conditions à l’origine de la vulnérabilité dans les régions de montagne et trouver des solutions durables pour la combattre. Elle tombe aussi particulièrement bien au moment où les messages de l’Année internationale de la montagne 2002 sont transformés en action concrète et où des moyens de répondre aux besoins et aux problèmes spécifiques des habitants de la montagne à l’échelle mondiale sont étudiés.

Plus grande vulnérabilité aux plus faibles altitudes

Une des conclusions les plus significatives de l’étude est que la plupart des montagnards vulnérables ne vivent pas à haute altitude. Si on sait pertinemment que la vie est dure sur les hauts plateaux des Andes ou les sommets de l’Himalaya, le fait est que la plupart des personnes vulnérables en montagne vivent à moins de 2 500 m, à mi-pente ou plus bas.

L’élevage est une des sources principales de revenus pour beaucoup de ces montagnards. Les populations de montagne augmentent, et les têtes de bétail font de même, ce qui a des effets parfois dévastateurs sur l’environnement et la sécurité alimentaire des ruraux vivant de l’élevage. L’étude a découvert que quelque 70% des superficies montagneuses de la planète sont utilisées comme pâturages et elle indique que les éleveurs de montagne se heurtent désormais à une crise écologique croissante. La densité démographique sur les pâturages à des altitudes de 3 500 m a atteint ou dépassé le point critique de 25 personnes par km˛. Cette pression croissante constitue une menace sérieuse pour les écosystèmes fragiles de montagne et les moyens d’existence de leurs habitants.

Lutter contre la vulnérabilité et améliorer les moyens d’existence

En général, les zones de montagne ne sont pas adaptées à l’agriculture: la FAO a estimé que 78 pour cent des montagnes du monde ne sont pas du tout ou très peu adaptées aux cultures. La plupart des ruraux de montagne associent donc les cultures vivrières et fourragères à l’élevage et l’exploitation des forêts. Selon le rapport, un meilleur aménagement des parcours et une meilleure intégration des cultures et de l’élevage devraient constituer des priorités à toutes les altitudes de 500 à 3 500 m.

L’aménagement des forêts et des parcours pourraient ne pas être les seuls moyens d’améliorer les vies des montagnards pauvres. L’étude de la FAO conclut en suggérant des mesures dans quatre autres domaines clés -eau, agriculture, conservation et tourisme, et industrie et services -qui détiennent tous un potentiel de protection des environnements de montagne et d’amélioration du bien-être de leurs habitants, dans le présent comme à l’avenir.

Quelques cas
Certaines communautés de montagne ont trouvé des moyens novateurs de créer des revenus et de lutter contre la pauvreté et la faim. Pour en savoir plus et lire des études de cas sur les techniques d’adaptation des communautés, cliquer ici.

Merano – première réunion mondiale du Partenariat de la montagne

Le Partenariat de la montagne, lancé au Sommet mondial pour le développement durable (SMDD) en 2002, est une alliance-cadre de pays, d’organisations intergouvernementales et de grands groupes ayant pour vocation d’améliorer les conditions de vie des montagnards et de protéger les environnements de montagne du monde entier. La Conférence de Merano en octobre 2003 a constitué une date clé pour le Partenariat de la montagne: il s’agissait de la première assemblée mondiale qui a permis à ses membres d’identifier les besoins, priorités et problèmes communs et approfondir les thèmes clés liés à la structure, à la composition et à la gouvernance du Partenariat.

La Conférence, organisée par le Gouvernement italien, a attiré quelque 150 délégués de quatre continents. Les participants ont prononcé des allocutions et fait des présentations sur les grandes questions intéressant la montagne, à savoir l’environnement, la pauvreté, le savoir-faire local, la science, la recherche et la formation, la coopération régionale, les questions féminines, le sport et le tourisme.

Les délégués ont convenu que le nombre et la portée des réseaux existants de montagne constituaient un point de départ solide pour exploiter les connaissances, compétences et l’expertise nécessaires à la création de partenariats oeuvrant concrètement à la mise en valeur durable des montagnes.

Mais surtout, la Conférence a entériné Les 'Principes directeurs', comprenant la décision de la FAO d’accueillir un Secrétariat pour assurer les services du Partenariat de la montagne. A la clôture de la Conférence, les participants ont formulé une série de Conclusions visant à donner une orientation future à la composition, à la gouvernance et à l’action du Partenariat.

Prochaines mesures

Le Secrétariat provisoire du Partenariat à la FAO a récemment distribué aux membres un petit questionnaire visant à recueillir des informations sur les questions à aborder en priorité, et à déterminer ce que chaque membre peut apporter au Partenariat en termes d’expertise, de connaissances, de compétences et d’activités.

Ces informations serviront à élaborer des „initiatives de partenariat”, sur la base de secteurs thématiques ou géographiques spécifiques. Des informations sur la création de ces initiatives seront disponibles prochainement.

Principes directeurs

Partenariat international pour la mise en valeur durable des regions de montagne

Approuvés par les Membres du Partenariat international pour la mise en valeur des régions de montagne, baptisé „Partenariat de la montagne”', en préparation de leur première réunion mondiale à Merano (Italie), 5-6 octobre 2003.

CONTEXTE

Depuis plus de dix ans, la communauté internationale et l’ONU portent un intérêt croissant à l’amélioration des moyens d’existence et de l’environnement dans les régions montagneuses du globe grâce à la mise en oeuvre du Chapitre 13 du programme Action 21: „Gestion des écosystèmes fragiles- mise en valeur durable des montagnes”.

L’Assemblée générale des Nations Unies a proclamé 2002 Année internationale de la montagne afin de faire prendre conscience de la nécessité urgente de protéger les écosystèmes montagneux de la planète et améliorer les conditions de vie de leurs habitants.

L’importance des montagnes et des écosystèmes montagneux a été accentuée par le lancement du Partenariat international pour la mise en valeur des régions de montagne (dénommé „Partenariat de la montagne”) au Sommet mondial sur le développement durable (SMDD) de Johannesburg en septembre 2002. Le Partenariat, un résultat de 'Type II' du Sommet, vise à encourager la mise en oeuvre du paragraphe 42 du Plan d’action du SMDD requérant des actions à tous les niveaux pour protéger les environnements et les moyens d’existence en montagne en intégrant les composantes environnementales, économiques et sociales de la mise en valeur durable des montagnes.

Le Partenariat de la montagne est officiellement défini par son document du concept de base (baptisé ci-après le „Document de Bali”), qui a été examiné et mis au point par les parties intéressées durant le processus préparatoire du SMDD.

Fin 2002, l’importance des montagnes a été ultérieurement reconnue dans la Résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies pour l’Année internationale de la montagne (A/RES/57/245). La Résolution prenait également note de la Plateforme mondiale de la montagne de Bichkek, un cadre d’action future pour la mise en valeur durable des montagnes, publiée au Sommet mondial de la montagne de Bichkek (novembre 2002), la manifestation clou de l’Année internationale de la montagne.

Les promoteurs du Partenariat de la montagne (Gouvernement suisse, FAO, PNUE), ainsi que le Gouvernement italien et le Forum de la montagne ont depuis lors entamé un processus de développement du Partenariat. Jusqu’à présent, ce processus itératif a compris une série de mesures clés en 2003, notamment: deux réunions en Suisse, une consultation électronique modérée par le Forum de la montagne et ouverte à tous les membres du Partenariat, une manifestation parallèle à l’occasion de la CDD-11 à New York, ainsi que le processus préparatoire de la première réunion mondiale des membres du Partenariat de la montagne à Merano (Italie).

OBJECTIFS ET STRATEGIE

Conformément aux buts généraux énoncés dans le Document de Bali, le Partenariat de la montagne est une alliance volontaire de gouvernements nationaux, organisations intergouvernementales, autorités locales et régionales, organisations non gouvernementales, secteur privé, communauté universitaire et autres représentants des grands groupes qui oeuvrent de concert pour „améliorer les moyens d’existence, la conservation et la gestion responsable dans tous les paysages montagneux du monde”. Les buts et les domaines prioritaires sont énoncés dans le paragraphe 42 du Plan d’action du Sommet de Johannesburg.

Le Partenariat de la montagne vise à encourager et à promouvoir des initiatives et des alliances concrètes, par ex. sous la forme de programmes et projets participatifs de protection des écosystèmes de montagne, de sauvegarde des traditions sociales et culturelles et de lutte contre la pauvreté chronique dans les régions de montagne aux niveaux mondial, national et local. Dans ce contexte, un principe fondamental sera d’exploiter les réseaux et institutions déjà existants et de tirer des enseignements de leur expérience dans le but de renforcer les synergies et de développer l’efficacité et la productivité.

Le Partenariat de la montagne contribuera également à la définition et à la mise en oeuvre de politiques fondées sur une évaluation adéquate des ressources naturelles et culturelles des populations montagnardes et au soutien des capacités institutionnelles. Il pourrait aussi envisager d’aborder d’autres thèmes tels que les montagnes comme source de loisirs et d’inspiration, la production et l’utilisation d’énergie durable, la réduction de la vulnérabilité aux catastrophes naturelles, les savoirs traditionnels et la recherche scientifique. Compte tenu du caractère transfrontalier de nombreux systèmes de montagne, il sera essentiel de relier les efforts locaux, nationaux et mondiaux pour une mise en valeur viable à long terme.

STRUCTURE ET FONCTIONS

Tel qu’il est énoncé dans le Document de Bali, le Partenariat de la montagne est conçu comme une alliance-cadre à laquelle tous les partenaires peuvent adhérer pour des initiatives spécifiques en fonction de leur intérêt et de leurs domaines de compétence. Ces initiatives sont les composantes et la substance même du Partenariat de la montagne.

Le Partenariat de la montagne servira de mécanisme de mise en réseau, de communication et d’information et de centre d’échange pour ses membres. Il viendra compléter, soutenir et renforcer les initiatives en cours d’aménagement durable des montagnes.

Le Partenariat de la montagne servira de trait d’union pour les initiatives communes, facilitant les contacts entre pays et institutions en vue d’activités conjointes et créant des conditions de coopération et la mobilisation des ressources au niveau national, régional et mondial.

Le Partenariat de la montagne instaurera des liens avec les instruments multilatéraux existants tels que la Convention sur la diversité biologique (CDB), la Convention des Nations Unies de lutte contre la désertification (UNCCD), la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (UNFCCC), la Stratégie internationale de prévention des catastrophes (ISDR) et autres instruments pertinents.

Le Document de Bali stipule que le Partenariat de la montagne devrait disposer d’un mécanisme de liaison d’accès facile (dénommé ici „le Secrétariat”), qui aidera à rapprocher les activités existantes de mise en valeur des montagnes et à favoriser les synergies et complémentarités en vue d’une collaboration plus étroite. Il permettra ainsi d’éviter le double emploi, d’atteindre une plus grande cohérence et de meilleurs résultats en termes de développement durable. Il ne sera pas appelé, toutefois, à coordonner les actions des membres, ni à assigner des tâches et des responsabilités spécifiques aux membres.

Le Secrétariat sera également chargé de rendre compte à la Commission sur le développement durable (CDD).

Il sera accueilli dans les locaux de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et financé par des contributions volontaires. Sa composition est multipartenaires. Ses principales tâches consisteront à offrir des services de communication, de gestion des connaissances et de courtage, servant de bureau de liaison pour les partenaires.

Durant la période interimaire qui prendra fin en 2004, un service de secrétariat provisoire a été mis en place à la FAO avec la contribution de la FAO, du PNUE et du Forum de la montagne. Durant cette phase, il sera chargé d’évaluer les besoins des membres, ce après quoi, le travail, la structure et l’organisation du Secrétariat seront examinés et perfectionnés dans une optique à plus long terme.

GOUVERNANCE

Le Partenariat de la montagne est un réseau souple et en pleine évolution de groupes intéressés à travailler ensemble. Sa nature innovante en tant que Partenariat cadre implique qu’elle ne requiert pas un mécanisme complexe de gouvernance. Le Partenariat devra être guidé par une simple structure de gouvernance afin de répondre aux intérêts et aux problèmes des parties prenantes et veiller à la légitimité et à la transparence des décisions.

La gouvernance du Partenariat de la montagne se fondera sur plusieurs principes, à savoir: la participation démocratique de tous les membres; la transparence et la mise en jeu de la responsabilité financière; la réactivité; et l’efficacité et l’utilité.

La structure de gouvernance du Partenariat de la montagne sera précisée ultérieurement par un processus consultatif ouvert à l’ensemble des membres.

CRITERES D’ADHESION ET ENGAGEMENTS DES MEMBRES

L’adhésion au Partenariat de la montagne est ouverte à tous les gouvernements, y compris les autorités locales et régionales, les organisations intergouvernementales et autres organismes dont les objectifs et les activités sont conformes à la vision et la mission du Partenariat, et qui répondent aux critères d’adhésion, notamment:

  • Adoption des principes généraux et des buts du Partenariat de la montagne;
  • Participation à la mise en valeur durable des montagnes;
  • Développement institutionnel, avec un certain niveau de stabilité en termes de financement et de viabilité organisationnelle à long terme;
  • Capacité de satisfaire aux rôles et responsabilités des membres, tels qu’ils sont définis par le Partenariat de la montagne. Les membres du Partenariat de la montagne devraient s’acquitter des principaux rôles et responsabilités suivants:
  • Lancer et participer à des activités en collaboration avec les autres partenaires;
  • Contribuer aux activités du Partenariat de la montagne en partageant l’information et les connaissances par divers moyens, notamment: fournir des liens au site web du Partenariat de la montagne; communiquer des „success stories”, études de cas et/ou enseignements à la base de connaissances du Partenariat de la montagne; ou participer aux débats virtuels et aux conférences électroniques;
  • Participer et contribuer aux réunions et manifestations du Partenariat, lorsque les circonstances le permettent.

Les droits et obligations des membres du Partenariat feront l’objet d’examens ultérieurs durant la période de démarrage et d’éventuelles modifications.

Étude de cas inter-régionale

Le café est le second produit commercial légal après le pétrole. Plus de 60 pour cent de la production est assurée par des exploitations familiales de moins de 10 hectares. Près de 25 millions d’agriculteurs, notamment dans les pays en développement, en sont tributaires. Le café arabica, qui représente environ 70 pour cent du commerce du café mondial, ne se cultive que dans des montagnes et des hautes terres tropicales.

Dean’s Beans® est une société de torréfaction et d’importation de café biologique certifié, participant au commerce équitable. La société conçoit et soutient également des projets de développement communautaire ainsi que l’action sociale dans le pays où elle est implantée et dans les villages des montagnes du monde entier. Chacun des acteurs impliqués dans la chaîne de production et de distribution de Dean’s Bean’s®, de l’agriculteur au consommateur, participe à un commerce socialement équitable et respectueux de l’environnement.

Dean’s Beans® a été lancé en 1993 comme instrument du changement économique et social, mais c’est également une entreprise rentable. Grâce à l’adoption d’une approche attentive à une “croissance soutenue par l’environnement”, ses ventes annuelles s’élèvent aujourd’hui à plus de 1,3 million de dollars E.U. et la société offre la plus grande sélection des cafés biologiques produits dans le cadre du commerce équitable aux États-Unis.

Dean’s Beans® achète le café aux coopératives de cultivateurs de 11 pays et entretient des relations personnelles avec chacune d’entre elles, y compris par le soutien de projets visant à améliorer l’infrastructure de production et de transformation, l’accès au crédit, l’approvisionnement en eau pure, la protection de l’environnement et, ce qui est tout aussi important, la prévention des conflits. L’augmentation des revenus des ménages, une plus grande stabilité des communautés (par la diminution de l’exode), une meilleure santé communautaire, la dignité et la fierté associées à la participation à un processus de développement autonome par le biais d’un travail honnête, peuvent être cités au nombre des effets positifs. Les coopératives de producteurs se situent sur les hautes terres du Brésil, de la Colombie, du Costa Rica, du Timor oriental, de l’Éthiopie, du Guatemala, du Mexique, du Nicaragua, de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, du Pérou et de Sumatra.

Étude de cas sur l’Amérique latine

La racine andine arracacha est une tubercule nutritive et potentiellement très versatile. Il s’agit pourtant d’une espèce menacée car elle a été fortement sous-utilisée, notamment au Pérou où sa biodiversité est la plus grande. Dans le cadre d’un programme plus vaste destiné à améliorer la qualité de vie des familles rurales dans les Andes , un projet a été réalisé de 1999 à 2002 pour encourager la culture et la consommation de l’arracacha dans les communautés montagnardes locales du Pérou, de la Bolivie et de l’Équateur. Le Centre international de la pomme de terre (CIP) a été le principal organisme responsable. Les objectifs ont consisté à développer la culture de la plante, à résoudre les problèmes de stockage, à rechercher des applications culinaires, et de manière générale, à soutenir la production locale et à accroître la compétitivité du produit à l’échelle régionale.

À Sucse, dans le district de Sócota au Pérou, le même projet a permis d’offrir une aide aux communautés qui transformaient l’arracacha en un entremets sucré appelée rallado. Le projet a permis d’aider les petites entreprises familiales productrices de rallado à améliorer les techniques de transformation en associant les technologies locales et les connaissances scientifiques. D’importantes innovations ont été introduites dans la plantation et la propagation de l’arracacha. Les techniques de transformation ont également été modifiées pour répondre aux normes sanitaires de qualité. Les entreprises ont aussi été soutenues dans le développement des marchés, des capacités et de l’organisation.

Le projet a réussi à mettre en valeur cette racine andine, et a encouragé et accru sa biodiversité. Les producteurs d’arracacha ont pu ainsi augmenter le prix de vente et accroître la quantité de produit frais qu’ils commercialisent. Les marges de profit tirées de la vente du rallado ont également progressé, ce qui a contribué à créer de nouveaux emplois et à améliorer les revenus – et donc le moral – des 160 familles qui vivent dans la communauté de Sucse. De nouveaux marchés ont été recherchés et développés.

Un autre objectif du projet a été d’encourager l’invention de nouvelles recettes afin de stimuler la consommation locale, ce qui a inspiré d’autres initiatives pour utiliser les produits de l’arracacha, comme l’ouverture d’une boulangerie et d’un restaurant locaux.

Étude de cas sur l’Amérique du Nord

a forêt communale de Harrop-Procter, qui couvre 11 000 hectares, fait l’objet d’un accord pilote conclu entre Harrop-Procter Watershed Protection Society (HPWPS) et le Ministère des forêts de la province de Colombie britannique, au Canada. Le projet est planifié et géré par les villages non incorporés de Harrop et Procter de cette province. Il a été mis en place à la suite d’une pétition soumise à HPWPS par la majorité des résidents d’Harrop-Procter, soucieux d’empêcher que les pentes de propriété publique en amont de leur communauté ne soient déboisées. La communauté craignait que cette mesure ne pollue les ruisseaux dont ils extraient de l’eau potable, qu’elle ne menace la faune sauvage locale et ne gâche la beauté des contreforts montagneux.

La forêt communale de Harrop-Procter est aujourd’hui gérée par la coopérative communale Harrop-Procter. Deux sociétés y sont installées. Sunshine Bay Botanicals est une société de produits phytosanitaires et de produits forestiers non ligneux certifiés biologiques qui fabrique des thés, des tisanes et des teintures. Harrop-Procter Forest Products produit du bois d’œuvre, du bois de sciage et des produits forestiers à valeur ajoutée, tels que des revêtements de sols, des panneaux de toit, du bois de parement et des petits meubles. La coopérative de la communauté a également élaboré un projet de société d’éco-tourisme ; toutefois, cette société ne sera pas lancée tant que d’autres initiatives à valeur ajoutée ne seront pas solidement établies.

La création de la forêt communale a été rendue possible grâce à un nouveau programme du gouvernement du ministère de la forêt de la Colombie britannique qui consiste à accorder des permis d’exploitation des terres dans les forêts à des communautés. Ce régime garantit que les terres seront gérées par une même communauté pendant un nombre d’années déterminé. Cette option renforce le sens de propriété et incite les communautés à investir du temps et de l’argent dans le projet. Les permis ne sont accordés que pendant cinq ans. Il est donc difficile d’attirer des investissements à des taux raisonnables pour s’allier des associés commerciaux et pour planifier l’infrastructure.

La forêt communale de Harrop-Procter a réussi à mobiliser la participation de la communauté et à gérer les écosystèmes locaux. Les campagnes organisées pour protéger les forêts locales, puis pour obtenir le permis d’exploiter les terres ont encouragé le grand public à soutenir la communauté et ont rallié la majeure partie des résidents sous une “même bannière”. Les principes de gestion de la coopérative de la communauté de Harrop-Procter, fondés sur les écosystèmes, garantissent que les écosystèmes forestiers pour ainsi dire vierges et auxquels la communauté attache une grande valeur sont gérés de manière responsable. Parmi d’autres aspects touchant à la protection de l’environnement, le plan tient également compte de la qualité de l’eau, de la composition des sols, de la diversité biologique, de la faune sauvage, de la pêche, des loisirs, des zones riveraines, de l’héritage culturel, des produits botaniques forestiers et de l’esthétisme.

On estime qu’au cours des trois premières années, la forêt communale a généré plus de 1 000 000 dollars canadiens, soit 761,209 dollars E.U., de revenus locaux.

La forêt communale Harrop-Procter est un exemple d’initiative locale, génératrice de revenus, ayant réussi à encourager la viabilité sociale et la durabilité de l’environnement dans une région de montagne. Le modèle grâce auquel la communauté a pu atteindre ces buts peut être reproduit ailleurs.

Étude de cas sur l’Europe

Le « Tome des Bauge », fromage produit dans la région de Bauges située dans les Alpes françaises, a réussi depuis une dizaine d’année à s’imposer comme un fromage de montagne de qualité, produit selon d’anciennes méthodes artisanales. Mais cela n’a pas toujours été le cas. Dans les années 80, la marque a dû se battre pour se faire un nom– en fait, elle existait à peine comme une marque de fromage reconnue et distincte- mais les agriculteurs et les transformateurs se sont mobilisés pour en faire un produit viable.

L’histoire du « Tome des Bauges » est longue et compliquée. L’un des principaux facteurs de réussite tient à la formation d’un syndicat. Unis, les agriculteurs ont ainsi surmonté des obstacles qu’ils n’auraient pas pu affronter seuls. Le syndicat a déposé le nom du produit, recherché un financement et nommé un coordinateur, qui est également responsable de la commercialisation et de la publicité.

Le projet a tiré profit de la création d’un parc régional naturel ainsi que d’une aide financière substantielle de la Communauté européenne qui reconnaît la région de Bauges comme une zone écologique fragile.

L’attribution d’appelation contrôlée a également joué un rôle essentiel. Cette appellation signifie que le fromage a des caractéristiques reconnues et qu’il est fabriqué par des producteurs, des agriculteurs et des exploitants de fermes laitières approuvés, dans une zone clairement délimitée. Cela signifie également que le fromage est maintenant considéré comme un produit de qualité. En outre, la promotion réussie de ce produit a eu une incidence positive sur la protection de l’environnement local et de ses écosystèmes : les agriculteurs peuvent en effet utiliser les races de bétail locales et ne sont pas contraints d’opter pour des systèmes de reproduction intensifs.

Étude de cas sur l’Asie

L’argousier faux-nerprun est une plante extrêmement versatile et très adaptable. Les Chinois et les Tibétains en connaissent les vertus de longue date et des scientifiques cherchent à en étudier les propriétés dans le monde entier. Les baies et les feuilles, hautement nutritives, peuvent être transformées pour obtenir une vaste gamme de produits médicaux et cosmétiques ainsi que des produits alimentaires et des boissons. À l’heure actuelle, des scientifiques internationaux se penchent sur l’utilisation de l’argousier faux-nerprun dans le traitement du cancer et des maladies cardio-vasculaires, parmi d’autres applications.

Les populations des montagnes qui ont besoin d’une source de revenus différente ou supplémentaire peuvent tirer un bénéficie substantiel de la culture de l’argousier faux-nerprun. La plante s’adapte en effet facilement aux altitudes élevées et s’épanouit dans un environnement aride ou semi-aride et dans les zones fragiles des montagnes. Elle s’est avérée précieuse pour la réhabilitation des pentes dégradées : l’argousier faux-nerprun aide à accroître le couvert végétal, à prévenir l’érosion, à restaurer la fertilité des sols épuisés et offre un habitat naturel à la faune sauvage. La culture ne demande qu’un investissement et un entretien minimes, et les produits qui en sont dérivés peuvent générer des revenus tellement nécessaires aux populations montagnardes démunies. Le fruit et ses produits dérivés sont également des sources de nutriments importants pour les ménages, notamment durant les mois d’hiver lorsque les vitamines se font rares.

En Chine, outre les forêts d’origine naturelle, près de 1,33 million d’hectares sont cultivés en argousier faux-nerprun et il existe plus de 200 usines de transformation. Plusieurs lois et réglementations ont été adoptées pour encourager le développement de sociétés spécialisées dans cette culture. Dans de nombreuses zones du pays, cet unique produit a eu une incidence significative sur les moyens de subsistance puisque la migration vers les terres basses a diminué et dans certains cas, a même été inversée. S’inspirant de l’exemple de la Chine, d’autre pays asiatiques dans les années 90 (Népal, Bhoutan, Inde et Pakistan) ont commencé à élaborer leurs propres programmes de développement de l’argousier faux-nerprun, en collaboration avec des agences gouvernementales et des ONG.

Compte tenu de l’adaptabilité de la plante à une grande diversité d’altitudes et de climats, il serait possible de cultiver l’argousier faux-nerprun dans de nombreux autres pays, en particulier dans les zones de hautes terres, et d’en tirer des bénéfices à la fois écologiques et économiques. Le présent document souligne le besoin de sensibilisation aux vertus importantes de cette plante et d’encouragement des gouvernements et des organisations à en promouvoir la culture.

Étude de cas sur l’Afrique

Au cours les dernières décennies, les revenus que les agriculteurs et les groupes communautaires de la région du Mont Kenya tiraient des cultures de rente traditionnelles, comme le café et le thé, ont peu à peu diminué. Ils ont donc recherché d’autres sources de revenus pour améliorer leurs moyens de subsistance en développant la vente et la transformation de fruits sur leurs exploitations. De nouvelles cultures arbustives ont été introduites, en particulier la mangue, l’avocat, l’asimine, les fruits de la passion et la banane.

Lorsqu’ils ont commencé à diversifier leur production, les agriculteurs du Mont Kenya ont été confrontés à toutes sortes d’obstacles. Ces obstacles ont été en grande partie surmontés au milieu des années 90 grâce aux diverses ONG et organisations internationales qui les ont aidés à développer les cultures arbustives. Les organisations leur ont offert une formation en matière de culture et de transformation en espérant que ces connaissances seraient transmises à d’autres agriculteurs. Des initiatives de micro-financement, dont un grand nombre ont été lancées par des femmes des communautés locales, ont permis de créer de petits projets de développement et d’établir des groupes de travail.

Les projets initiaux de soutien aux agriculteurs se sont terminés au cours des quatre dernières années, mais les activités se sont poursuivies. Pour faire face aux nouveaux défis, les agriculteurs ont besoin d’un complément de formation dans les domaines de la gestion des arbres et de la constitution de végétal de bonne qualité, de la réparation du matériel, de la promotion commerciale et de l’organisation générale des groupes d’agriculteurs.

En outre, les groupes de femmes notamment ont réussi à maintenir une source de revenus constante grâce à la vente des produits et leurs activités n’ont pas cessé depuis les quatre dernières années, sans aucune aide financière. Les profits sont mis en commun pour répondre aux besoins de la communauté (matériaux de construction ou récupération de l’eau, par exemple). La communauté a également tiré un profit substantiel de la transformation des légumes et des fruits (confitures, chutneys, etc.), source de nutrition importante durant la longue saison sèche où il est impossible de se procurer des légumes feuilles.

Grâce au potentiel de ces productions, le Ministère kenyan de l’agriculture s’est engagé à appuyer le développement horticole de diverses manières, en particulier par le biais d’une assistance technique et de la formation des agriculteurs.

La Consultation electronique sur le Plan d’action de Cuzco: 30 aôut – 17 septembre

Consulter les Actes de la consultation électronique.
Un projet de Plan d’action de Cuzco a désormais été mis au point. Le Plan d’action, qui sera approuvé à la Conférence de Cuzco, servira de cadre fixant des objectifs clairs et des priorités pour une collaboration efficace entre les membres en matière de mise en valeur durable des montagnes, et renforcera l’engagement des membres en définissant leurs rôles, contributions et apports aux Initiatives du Partenariat auxquelles ils ont adhéré, ainsi qu’à d’autres activités liées aux montagnes qu’ils sont en train d’élaborer ou de mettre en oeuvre dans leur pays ou organisation. A noter que le Plan d’action de Cuzco entend réaffirmer l’engagement, le soutien et la détermination politique en vue de la réalisation des buts du Partenariat de la montagne.

L’ébauche de Plan d’action de Cuzco est en train d’être passée en revue par les membres du Partenariat dans le cadre d’une Consultation électronique, modérée par le Forum de la montagne (30 août -17 septembre 2004). Le but de la consultation de trois semaines est de servir de plateforme ouverte et participative pour permettre aux membres de faire part de leurs opinions et mettre la dernière main au Plan d’action avant la Conférence. Tous les membres du Partenariat de la montagne sont invités à to participer activement à cette Consultation: en particulier ceux qui ne pourront se rendre à la Conférence de Cuzco, mais dont l’opinion est importante pour enrichir le Plan d’action.