Faire entendre les voix des femmes

Les femmes sont la clef de voûte des communautés de montagne. Elles cultivent la terre et la nourriture, s’occupent du bétail et des forêts. Elles ont également la responsabilité de leurs familles. Pourtant, ce n’est que rarement qu’elles sont propriétaires de la terre, qu’elles tirent des bénéfices de leur production, qu’elles reçoivent une instruction et une formation ou qu’elles ont leur mot à dire dans les décisions qui concernent leurs vies et celles de leurs communautés.

Faire entendre les voix des femmes de la montagne a été un des objectifs principaux de la Conférence « Hommage aux femmes de la montagne » tenue du 1er au 4 octobre 2002 à Thimphu, Bhoutan. Organisée par le Centre international pour la mise en valeur intégrée des montagnes (ICIMOD) et le Forum de la montagne, la conférence a constitué le premier rassemblement mondial de femmes de la montagne, attirant 250 participants de la société civile, des organisations non gouvernementales, des médias, des universités, des organismes de développement et des donateurs de 35 pays.

Les montagnes ont été au centre de l’attention du monde cette année, mais comme a fait remarquer Gabriel Campbell, Directeur général d’ICIMOD aux participants dans son discours d’ouverture, les femmes de la montagne « sont rarement écoutées, gouvernent rarement, sont rarement vues pour ce qu’elles sont, et sont trop souvent entravées dans leur croissance et leur apprentissage pour stimuler notre recherche pour un avenir meilleur. »

La conférence de quatre jours a servi de tribune où les femmes de la montagne ont pu exprimer leurs préoccupations, partager leurs expériences et échanger des idées sur l’avenir de leurs conditions de vie et de leurs cultures dans le monde entier. Elle a également jeté les bases d’une action future et de la création de réseaux.

Les activités de la conférence se sont concentrées sur cinq thèmes clés:

  • ressources naturelles et environnement
  • santé et bien-être
  • entreprenariat
  • droits juridiques, politiques et humains
  • culture et savoirs locaux

La question de parité hommes-femmes a été commune aux cinq thèmes.

Les groupes de travail ont tenu des débats intensifs sur ces thèmes clés au cours desquels ils ont identifié des lacunes de recherche, des enjeux et d’éventuelles solutions. Leurs recommandations ont été présentées à la session plénière et ont servi d’apports précieux à la Déclaration de Thimphu.

La Déclaration affirme que les femmes de la montagne sont un élément indissociable de l’aménagement durable des montagnes. Elle met l’accent sur leurs connaissances, leurs activités productives et l’importance de leur rôle dans le développement de la communauté et de la famille, mais indique que malgré tout, les femmes de la montagne demeurent économiquement, socialement et politiquement marginalisées dans de nombreuses sociétés montagnardes.

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Elle demande à la communauté internationale et aux organes régionaux, nationaux et locaux de placer les femmes de la montagne en tête de leurs priorités, et énumère 17 recommandations de grande envergure pour atteindre ce but, qui vont de l’information des femmes sur leurs droits à la garantie de leur représentation équitable dans toutes les instances décisionnelles.

La Déclaration de Thimphu a été approuvée par la Conférence et a servi de contribution au Sommet mondial de la montagne de Bichkek.

La declaration de Thimphu

Préambule

Les 250 participants — femmes de la montagne, membres des organisations de la société civile et ONG, décideurs, chefs d’entreprise, professionnels des médias, chercheurs, représentants des organismes de développement et bailleurs de fonds — participant à la conférence « Hommage aux femmes de la montagne à Thimphu »(Bhoutan), du 1er au 4 octobre 2002, organisée dans le cadre de l’Année internationale de la montagne, soumettent la Déclaration de Thimphu ci-après au Sommet mondial de la montagne de Bichkek (BGMS), et invitent la communauté internationale à:

  • Inscrire les perspectives des femmes de la montagne et les principes d’égalité des sexes et l’intégration des femmes au développement dans la Déclaration de Bichkek;
  • Renforcer l’influence des femmes de la montagne dans les décisions ayant trait aux affaires publiques et garantir une forte présence féminine dans tous les partenariats; et
  • Créer des réseaux de solidarité et approuver et promouvoir le Partenariat mondial des femmes de la montagne.

Déclarent que:

  1. Sans les femmes, il est impossible d’obtenir un développement durable des zones de montagne. Les femmes détiennent des connaissances cruciales sur l’utilisation des ressources, sur les systèmes de santé traditionnels, et sur les coutumes sociales, culturelles et spirituelles. Leurs activités productives contribuent à l’économie, au développement de la famille et de la communauté; elles créent des solutions novatrices pour affronter le changement dans des conditions physiques et politiques rigoureuses. Dans de nombreuses régions montagneuses, elles constituent plus de 50 pour cent de la population.

  2. Sans la paix, sans un environnement intact et non contaminé, et sans sécurité alimentaire qui subissent actuellement de fortes contraintes dans les zones montagneuses de toute la planète, il est impossible pour les femmes de la montagne de prendre soin de leurs familles, de maintenir leurs moyens d’existence, de mener des activités commerciales, de contribuer au bien-être de leurs communautés, et de protéger leur environnement.

  3. Sans l’égalité entre les sexes et la justice sociale, et sans un cadre social, politique, juridique et économique propice, les femmes de la montagne ne sont pas entendues voix au chapitre, et ne peuvent exercer les droits qui leur permettent de contribuer pleinement à l’essor de la communauté et à la conservation des ressources naturelles et culturelles.

  4. Sans accès aux services de santé, à l’instruction, à la formation, aux loisirs et aux infrastructures adéquates – l’eau, l’hygiène, les routes, les marchés, le crédit, l’éloignement et les barrières physiques de l’environnement montagneux, la pauvreté et la marginalisation sociale et politique qui y règnent fréquemment – la capacité des femmes de remplir leurs rôles est gravement compromise.

  5. Sans politiques, réseaux, partenariats et alliances efficaces à l’échelle locale, nationale, régionale et internationale, la marginalisation économique, sociale et politique des femmes de la montagne continuera à entraver leur développement comme celui de leurs communautés.

Ces réalités sont à peine reconnues, voire niées dans certaines régions. En outre, les femmes ne sont pas suffisamment intégrées dans les processus de planification et de décision à tous les échelons, et n’ont ni accès aux ressources, pas plus qu’elles n’en ont le contrôle ou la propriété.

Ceci étant, nous exhortons les Nations Unies, la communauté internationale, et les autorités et organisations régionales, nationales et locales à:

  • Tenir compte des opinions et des problèmes des femmes de la montagne et de leurs perspectives sur la paix, sur l’utilisation des ressources naturelles, et sur la mise en valeur durable des zones de montagne;
  • Fournir l’appui institutionnel et financier pour une action future sur les principes de l’égalité entre les sexes et de l’intégration des questions de genre;
  • Renforcer le droit des femmes de la montagne aux ressources et raffermir leur rôle au sein de leurs communautés et cultures; et
  • Promouvoir les opportunités économiques et technologiques pour l’autonomisation des femmes de la montagne.

Nous recommandons les mesures suivantes:

  1. Informer les femmes de la montagne de leurs droits en tant qu’êtres humains, notamment de leurs droits politiques, économiques, leurs droits liés à la propriété, leurs droits environnementaux, sanitaires, culturels, intellectuels et autres, et leur offrir une formation adéquate pour revendiquer ces droits;

  2. Promouvoir et faire appliquer des lois équitables pour les femmes et des pratiques sociales dans les zones de montagne;

  3. Recommander que les politiques et lois confèrent aux femmes de la montagne des droits politiques, sociaux et économiques égalitaires. Veiller à ce que ces politiques et lois existent pour des aspects ayant trait en particulier au bien-être et aux droits de la femme;

  4. Promouvoir la représentation équitable des femmes de la montagne dans tous les organes décisionnels, et préconiser leur participation aux négociations et aux décisions à tous les niveaux, y compris dans la prévention et la résolution des conflits;

  5. Garantir que les programmes de santé sont axés sur les droits d’hygiène de la reproduction et les droits sexuels des femmes de la montagne, notamment le virus VIH/SIDA, et encourager la participation des hommes dans la prévention desdits problèmes;

  6. Affronter les droits des femmes de la montagne ayant trait à la santé sexuelle et reproductive, et soutenir les soins de santé et l’assurance communautaires;

  7. Renforcer la sensibilisation et l’appréciation des questions d’égalité entre les sexes et les pratiques sanitaires traditionnelles parmi toutes les catégories de professionnels de la santé;

  8. Intégrer les systèmes de connaissances autochtones dans l’enseignement officiel, et mettre au point des programmes complémentaires, souples et spécifiques au contexte, comprenant des connaissances locales et pratiques, et employer le personnel enseignant autochtone;

  9. Promouvoir la communication entre les femmes de la montagne et les communautés tout en empêchant l’érosion de la diversité linguistique;

  10. Encourager la recherche et diffuser les résultats des connaissances locales des femmes de la montagne dans les systèmes culturels et religieux, dans l’utilisation des ressources naturelles, dans les techniques traditionnelles d’agriculture et de conservation, et dans les pratiques sanitaires;

  11. Collecter et documenter les données ventilées sur les habitants de la montagne (par sexe, âge, région, etc.) dans tous les domaines.

  12. Garantir un accès renforcé à l’information sur les activités commerciales, marchés, technologies, et autres opportunités rémunératrices qui utilisent et conservent la diversité des environnements de montagne, et promouvoir des programmes de formation et des services sociaux pour répondre aux exigences des femmes de la montagne;

  13. Encourager et promouvoir le commerce équitable et éthique dans les régions de montagne afin de garantir que les producteurs tirent une juste part des bénéfices issus de la vente de leurs produits;

  14. Promouvoir la paix pour empêcher aux femmes de la montagne et à leurs familles de souffrir des conséquences des conflits armés, éradiquer le trafic des femmes et des enfants dans les zones de montagne pauvres ainsi que la violence domestique, et promouvoir des programmes sociaux visant à vaincre les pratiques culturelles violentes;

  15. Promouvoir les infrastructures physiques et sociales (routes, électricité, télécommunications, marchés, soins de santé, écoles, etc.) qui tiennent compte et soient sensibles aux besoins des femmes de la montagne et accroissent leurs possibilités de revenus et leur entreprenariat, réduisent leur charge de travail et améliorent leur qualité de vie;

  16. Analyser et atténuer les impacts de la privatisation accrue des ressources au sein des communautés de montagne et créer des filets de sécurité là où les effets de la mondialisation déstabilisent les communautés montagnardes; et

  17. Prévoir des budgets pour les femmes et accroître les allocations budgétaires en faveur des initiatives des femmes de la montagne visant à rendre le développement durable.

Adopté le 4 octobre 2002
Thimphu (Bhoutan)

Discours de bienvenue

Par Son Excellence
Lyonpo Kinzang Dorji
Premier Ministre du Royaume du Bhoutan
À la session d’ouverture
Du sommet mondial de la montagne
De Bichkek
29 octobre 2002

Messieurs les Présidents,
Monsieur le Président de la République kirghize
Excellences,
Messieurs et mesdames les délégués,
Mesdames, Messieurs,

J’ai l’honneur de vous transmettre au nom de Sa Majesté le Roi Jigme Singye Wangchuck, et du Gouvernement et du peuple du Bhoutan, mes vœux les plus cordiaux de réussite du Sommet mondial de la montagne de Bichkek.

Ma délégation voudrait également exprimer toute son appréciation au Gouvernement et au peuple kirghize pour l’excellente organisation de ce Sommet, l’accueil chaleureux et la généreuse hospitalité.

Il est tout à fait à propos que cet événement mondial culminant de l’Année internationale de la montagne ait lieu au Kirghizstan – le lieu de naissance de l’initiative inspirée de proclamer 2002 l’Année internationale de la montagne. Nous vous saluons, Monsieur le Président Akaev, votre gouvernement et votre peuple, pour vos contributions inestimables à la cause des habitants des montagnes. L’AIM a créé une prise de conscience internationale des conditions et enjeux auxquels sont confrontés nos populations, et a mis en lumière l’importance mondiale des écosystèmes de montagne. Elle nous a réuni pour nous efforcer ensemble d’améliorer notre condition commune.

Mesdames, Messieurs,

Si ma délégation désire vivement tirer des enseignements des expériences riches et variées de nos collègues des montagnes, permettez-moi de m’attarder brièvement sur certaines de nos propres expériences qui pourraient présenter un intérêt. Au cours des dernières décennies, le Bhoutan a adopté une approche unique de développement – pour atteindre le « Bonheur national brut », par opposition au but traditionnel du Produit national brut. Cette approche, dont notre Roi, Sa Majesté Jigme Singye Wangchuck, a eu l’idée, préconise une mesure holistique du développement humain. Elle repose sur quatre éléments de même importance, agissant en synergie:

  1. croissance et développement économiques,
  2. conservation et promotion de la culture,
  3. sauvegarde de l’environnement et utilisation durable des ressources naturelles, et
  4. bonne gouvernance responsable.
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La poursuite du « Bonheur national brut » a produit de riches dividendes pour notre peuple. Le Bhoutan a atteint un progrès économique soutenu sans compromettre l’intégrité de notre environnement et de notre culture. Nous avons été en mesure de conserver bien plus des 60% de superficies émergées sous couvert forestier requises par nos lois. Nous avons exploité des voies plus durables de croissance économique comme l’essor des installations hydroélectriques et des ressources d’écotourisme, tout en renonçant délibérément aux gains économiques à court terme de la coupe et de la vente de bois d’œuvre. En conséquence, nous sommes en mesure de créer des revenus considérables tout en protégeant les bassins versants et l’habitat de la flore et de la faune. De même, nous avons accordé l’attention qui lui est due à la conservation de nos riches traditions et de notre culture que nous estimons fondamentales pour préserver l’identité et l’âme de notre peuple.

Mesdames, Messieurs,

Ce mois-ci, le Bhoutan a été heureux d’accueillir la conférence de l’AIM en hommage aux femmes de la montagne. Avec 250 participants de 35 pays, c’était la toute première conférence où les femmes de la montagne des quatre coins du monde et de toutes origines se réunissaient pour décider ensemble de la voie à tracer pour un meilleur avenir.

Des manifestations comme « l’Hommage aux femmes de la montagne », et les nombreuses autres initiatives importantes organisées par l’AIM à échelles mondiale et régionale, ont produit une multitude d’idées et de résultats concrets qui peuvent transformer en réalité notre but de promouvoir la conservation et la mise en valeur durable des régions de montagne pour le bien-être de nos populations. Leurs recommandations doivent être mises en oeuvre, et il faut maintenir l’élan créé par l’AIM. A ces fins, ma délégation a fermement appuyé la création du Partenariat international pour la mise en valeur durable des régions de montagne. Nous espérons vivement que ce partenariat favorise une coopération plus étroite entre les nations de montagne et des actions concrètes pour améliorer les moyens d’existence de nos citoyens et la gestion durable de nos écosystèmes. Ma délégation est également heureuse de noter que la Plateforme de la montagne de Bichkek a une vision qui s’étend bien au-delà de l’AIM et se prolongera au XXIème siècle.

Enfin, Mesdames, Messieurs, je suis particulièrement heureux de me joindre au Président Akaev et autres orateurs qui m’ont précédé pour souhaiter la bienvenue à tous les participants de ce Sommet mondial de la montagne de Bichkek. Ma délégation attend avec intérêt de travailler avec vous dans les jours qui viennent.

Merci et Tashi Delek!

Année internationale de la montagne des Nations Unies

Florence Chenoweth
Directrice du FAO Bureau de liaison avec les Nations Unies, New York
Vendredi 15 novembre 2002

Monsieur le Président,
Excellences,
Mesdames et Messieurs les délégués,
Mesdames, Messieurs,

Je suis heureuse de vous présenter aujourd’hui le „rapport provisoire de l’Année internationale de la montagne 2002„.

Il y a un an environ, le Directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), M. Jacques Diouf, était debout devant cette assemblée pour inaugurer l’Année internationale de la montagne.

Qui aurait pu penser que ces géants grandioses aux sommets enneigés comme l’Everest, le Kilimandjaro et le Mt McKinley – symboles de force et de stabilité -auraient besoin d’une année internationale?

Un an s’est écoulé, et des légions d’hommes et de femmes dévoués ont uni leurs forces pour faire savoir au monde que les montagnes étaient réellement des sites fragiles, que les communautés montagnardes étaient victimes de niveaux extrêmement élevés de pauvreté, et que les montagnes comme leurs habitants avaient besoin de l’attention du monde.

Maintenant, grâce à une campagne mondiale de sensibilisation qui a suscité d’innnombrables manifestations spéciales et commémorations, articles de journaux et émissions de télévision, programmes éducatifs et conférences -sans oublier, neuf grandes initiatives mondiales- nombreux sont ceux qui désormais connaissent la vérité:

  • les montagnes sont cruciales à la vie sur terre.
  • la moitié de l’humanité dépend des montagnes comme source d’eau douce.
  • la diversité génétique que renferment les écosystèmes de montagne aident à garantir la sécurité alimentaire des générations futures.
  • Et, chaque jour, l’avenir de ces écorégions uniques et de leurs habitants, est menacé par les conflits armés, le changement climatique, les activités d’extraction minière et les pratiques agricoles et forestières non viables.

Mesdames, Messieurs,

Ensemble, nous avons transformé l’opinion de beaucoup de monde sur les montagnes et leur relation avec les systèmes montagneux.

Nous, à la FAO, somme honorés d’avoir été désignés comme organisation chef de file des Nations Unies pour l’Année internationale de la montagne, et d’avoir collaboré avec les gouvernements, le PNUD, le PNUE, l’UNESCO, l’UNU, et autres organismes des Nations Unies ainsi qu’organisations non gouvernementales, pour soumettre les questions de montagne à l’attention du monde.

Mais une grande partie du travail concret, la formulation de politiques et de programmes qui feront une réelle différence pour les vies des habitants de la montagne, est accompli par les pays eux-mêmes, grâce aux efforts des 77 comités nationaux qui ont piloté les initiatives en faveur de l’Année internationale de la montagne dans le monde entier.

Un tel soutien enthousiaste des pays est, je crois, sans précédent durant une année internationale.

Je vous remercie pour votre dévouement, pour votre enthousiasme et votre encadrement.

C’est par l’action au niveau des pays qu’un changement réel peut avoir lieu. Et maintenant que l’Année internationale de la montagne touche à sa fin, le rôle des pays acquérera une importance encore plus grande.

Nous, à la FAO, sommes déterminés à faire de l’Année internationale de la montagne un véritable catalyseur de changement et à aider les pays à trouver des solutions durables aux problèmes de la montagne.

Avec un certain nombre de pays, d’organismes des Nations Unies et d’organisations internationales rassemblés au Sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg, par exemple, nous avons lancé le Partenariat international pour la mise en valeur durable des régions de montagne.

Reconnu comme instrument de promotion et de renforcement de la coopération entre les parties intéressées aux questions de montagne, le Partenariat a reçu un appui ultérieur ce mois-ci au Sommet mondial de la montagne de Bichkek-l’événement culminant de l’Année internationale de la montagne.

C’est là que la FAO a confirmé son engagement à abriter un secrétariat assurant les services du Partenariat, ainsi qu’à aider les pays à élaborer et à mettre en œuvre des stratégies nationales pour l’aménagement durable de leurs régions de montagne.

Nous considérons cet engagement dans le cadre de la tâche qui nous incombe à la FAO. En tant que maître d’oeuvre pour le Chapitre 13 d’Action 21, le programme d’aménagement durable des montagnes, et en tant qu’organisme des Nations Unies chargé d’accroître les niveaux nutritionnels, d’améliorer la productivité agricole et les vies des populations, beaucoup de nos collègues et partenaires travaillent déjà dans les montagnes.

Il est triste de constater qu’un nombre excesssivement élevé des 800 millions de personnes victimes de sous-alimentation chronique vit en montagne. Une étude pluridisciplinaire conduite récemment par la FAO indique que la moitié de la population montagnarde des pays en développement et en transition – soit 250 à 370 millions de personnes- est exposée à l’insécurité alimentaire.

En créant les conditions de mise en valeur durable des régions de montagne, nous pouvons faire de grands pas en avant pour garantir de la nourriture pour tous.

Mesdames, Messieurs,

Les défis auxquels sont confrontés les systèmes montagneux de la planète et leurs habitants sont encore aussi énormes que les montagnes elles-mêmes. Mais ensemble – gouvernements, organismes des Nations Unies, Grands Groupes et organisations du secteur privé- nous pouvons faire en sorte que l’Année internationale de la montagne favorise une action à long terme.

Ensemble, nous pouvons améliorer le bien-être des populations e montagne. Ensemble, nous pouvons garantir la protection des écosystèmes de montagne fragiles. Ensemble, nous pouvons promouvoir la paix et la stabilité dans les régions montagneuses.

Je vous remercie de votre attention.

Merano – première réunion mondiale du Partenariat de la montagne

Le Partenariat de la montagne, lancé au Sommet mondial pour le développement durable (SMDD) en 2002, est une alliance-cadre de pays, d’organisations intergouvernementales et de grands groupes ayant pour vocation d’améliorer les conditions de vie des montagnards et de protéger les environnements de montagne du monde entier. La Conférence de Merano en octobre 2003 a constitué une date clé pour le Partenariat de la montagne: il s’agissait de la première assemblée mondiale qui a permis à ses membres d’identifier les besoins, priorités et problèmes communs et approfondir les thèmes clés liés à la structure, à la composition et à la gouvernance du Partenariat.

La Conférence, organisée par le Gouvernement italien, a attiré quelque 150 délégués de quatre continents. Les participants ont prononcé des allocutions et fait des présentations sur les grandes questions intéressant la montagne, à savoir l’environnement, la pauvreté, le savoir-faire local, la science, la recherche et la formation, la coopération régionale, les questions féminines, le sport et le tourisme.

Les délégués ont convenu que le nombre et la portée des réseaux existants de montagne constituaient un point de départ solide pour exploiter les connaissances, compétences et l’expertise nécessaires à la création de partenariats oeuvrant concrètement à la mise en valeur durable des montagnes.

Mais surtout, la Conférence a entériné Les ’Principes directeurs’, comprenant la décision de la FAO d’accueillir un Secrétariat pour assurer les services du Partenariat de la montagne. A la clôture de la Conférence, les participants ont formulé une série de Conclusions visant à donner une orientation future à la composition, à la gouvernance et à l’action du Partenariat.

Prochaines mesures

Le Secrétariat provisoire du Partenariat à la FAO a récemment distribué aux membres un petit questionnaire visant à recueillir des informations sur les questions à aborder en priorité, et à déterminer ce que chaque membre peut apporter au Partenariat en termes d’expertise, de connaissances, de compétences et d’activités.

Ces informations serviront à élaborer des „initiatives de partenariat”, sur la base de secteurs thématiques ou géographiques spécifiques. Des informations sur la création de ces initiatives seront disponibles prochainement.

Principes directeurs

Partenariat international pour la mise en valeur durable des regions de montagne

Approuvés par les Membres du Partenariat international pour la mise en valeur des régions de montagne, baptisé „Partenariat de la montagne”’, en préparation de leur première réunion mondiale à Merano (Italie), 5-6 octobre 2003.

CONTEXTE

Depuis plus de dix ans, la communauté internationale et l’ONU portent un intérêt croissant à l’amélioration des moyens d’existence et de l’environnement dans les régions montagneuses du globe grâce à la mise en oeuvre du Chapitre 13 du programme Action 21: „Gestion des écosystèmes fragiles- mise en valeur durable des montagnes”.

L’Assemblée générale des Nations Unies a proclamé 2002 Année internationale de la montagne afin de faire prendre conscience de la nécessité urgente de protéger les écosystèmes montagneux de la planète et améliorer les conditions de vie de leurs habitants.

L’importance des montagnes et des écosystèmes montagneux a été accentuée par le lancement du Partenariat international pour la mise en valeur des régions de montagne (dénommé „Partenariat de la montagne”) au Sommet mondial sur le développement durable (SMDD) de Johannesburg en septembre 2002. Le Partenariat, un résultat de 'Type II’ du Sommet, vise à encourager la mise en oeuvre du paragraphe 42 du Plan d’action du SMDD requérant des actions à tous les niveaux pour protéger les environnements et les moyens d’existence en montagne en intégrant les composantes environnementales, économiques et sociales de la mise en valeur durable des montagnes.

Le Partenariat de la montagne est officiellement défini par son document du concept de base (baptisé ci-après le „Document de Bali”), qui a été examiné et mis au point par les parties intéressées durant le processus préparatoire du SMDD.

Fin 2002, l’importance des montagnes a été ultérieurement reconnue dans la Résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies pour l’Année internationale de la montagne (A/RES/57/245). La Résolution prenait également note de la Plateforme mondiale de la montagne de Bichkek, un cadre d’action future pour la mise en valeur durable des montagnes, publiée au Sommet mondial de la montagne de Bichkek (novembre 2002), la manifestation clou de l’Année internationale de la montagne.

Les promoteurs du Partenariat de la montagne (Gouvernement suisse, FAO, PNUE), ainsi que le Gouvernement italien et le Forum de la montagne ont depuis lors entamé un processus de développement du Partenariat. Jusqu’à présent, ce processus itératif a compris une série de mesures clés en 2003, notamment: deux réunions en Suisse, une consultation électronique modérée par le Forum de la montagne et ouverte à tous les membres du Partenariat, une manifestation parallèle à l’occasion de la CDD-11 à New York, ainsi que le processus préparatoire de la première réunion mondiale des membres du Partenariat de la montagne à Merano (Italie).

OBJECTIFS ET STRATEGIE

Conformément aux buts généraux énoncés dans le Document de Bali, le Partenariat de la montagne est une alliance volontaire de gouvernements nationaux, organisations intergouvernementales, autorités locales et régionales, organisations non gouvernementales, secteur privé, communauté universitaire et autres représentants des grands groupes qui oeuvrent de concert pour „améliorer les moyens d’existence, la conservation et la gestion responsable dans tous les paysages montagneux du monde”. Les buts et les domaines prioritaires sont énoncés dans le paragraphe 42 du Plan d’action du Sommet de Johannesburg.

Le Partenariat de la montagne vise à encourager et à promouvoir des initiatives et des alliances concrètes, par ex. sous la forme de programmes et projets participatifs de protection des écosystèmes de montagne, de sauvegarde des traditions sociales et culturelles et de lutte contre la pauvreté chronique dans les régions de montagne aux niveaux mondial, national et local. Dans ce contexte, un principe fondamental sera d’exploiter les réseaux et institutions déjà existants et de tirer des enseignements de leur expérience dans le but de renforcer les synergies et de développer l’efficacité et la productivité.

Le Partenariat de la montagne contribuera également à la définition et à la mise en oeuvre de politiques fondées sur une évaluation adéquate des ressources naturelles et culturelles des populations montagnardes et au soutien des capacités institutionnelles. Il pourrait aussi envisager d’aborder d’autres thèmes tels que les montagnes comme source de loisirs et d’inspiration, la production et l’utilisation d’énergie durable, la réduction de la vulnérabilité aux catastrophes naturelles, les savoirs traditionnels et la recherche scientifique. Compte tenu du caractère transfrontalier de nombreux systèmes de montagne, il sera essentiel de relier les efforts locaux, nationaux et mondiaux pour une mise en valeur viable à long terme.

STRUCTURE ET FONCTIONS

Tel qu’il est énoncé dans le Document de Bali, le Partenariat de la montagne est conçu comme une alliance-cadre à laquelle tous les partenaires peuvent adhérer pour des initiatives spécifiques en fonction de leur intérêt et de leurs domaines de compétence. Ces initiatives sont les composantes et la substance même du Partenariat de la montagne.

Le Partenariat de la montagne servira de mécanisme de mise en réseau, de communication et d’information et de centre d’échange pour ses membres. Il viendra compléter, soutenir et renforcer les initiatives en cours d’aménagement durable des montagnes.

Le Partenariat de la montagne servira de trait d’union pour les initiatives communes, facilitant les contacts entre pays et institutions en vue d’activités conjointes et créant des conditions de coopération et la mobilisation des ressources au niveau national, régional et mondial.

Le Partenariat de la montagne instaurera des liens avec les instruments multilatéraux existants tels que la Convention sur la diversité biologique (CDB), la Convention des Nations Unies de lutte contre la désertification (UNCCD), la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (UNFCCC), la Stratégie internationale de prévention des catastrophes (ISDR) et autres instruments pertinents.

Le Document de Bali stipule que le Partenariat de la montagne devrait disposer d’un mécanisme de liaison d’accès facile (dénommé ici „le Secrétariat”), qui aidera à rapprocher les activités existantes de mise en valeur des montagnes et à favoriser les synergies et complémentarités en vue d’une collaboration plus étroite. Il permettra ainsi d’éviter le double emploi, d’atteindre une plus grande cohérence et de meilleurs résultats en termes de développement durable. Il ne sera pas appelé, toutefois, à coordonner les actions des membres, ni à assigner des tâches et des responsabilités spécifiques aux membres.

Le Secrétariat sera également chargé de rendre compte à la Commission sur le développement durable (CDD).

Il sera accueilli dans les locaux de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et financé par des contributions volontaires. Sa composition est multipartenaires. Ses principales tâches consisteront à offrir des services de communication, de gestion des connaissances et de courtage, servant de bureau de liaison pour les partenaires.

Durant la période interimaire qui prendra fin en 2004, un service de secrétariat provisoire a été mis en place à la FAO avec la contribution de la FAO, du PNUE et du Forum de la montagne. Durant cette phase, il sera chargé d’évaluer les besoins des membres, ce après quoi, le travail, la structure et l’organisation du Secrétariat seront examinés et perfectionnés dans une optique à plus long terme.

GOUVERNANCE

Le Partenariat de la montagne est un réseau souple et en pleine évolution de groupes intéressés à travailler ensemble. Sa nature innovante en tant que Partenariat cadre implique qu’elle ne requiert pas un mécanisme complexe de gouvernance. Le Partenariat devra être guidé par une simple structure de gouvernance afin de répondre aux intérêts et aux problèmes des parties prenantes et veiller à la légitimité et à la transparence des décisions.

La gouvernance du Partenariat de la montagne se fondera sur plusieurs principes, à savoir: la participation démocratique de tous les membres; la transparence et la mise en jeu de la responsabilité financière; la réactivité; et l’efficacité et l’utilité.

La structure de gouvernance du Partenariat de la montagne sera précisée ultérieurement par un processus consultatif ouvert à l’ensemble des membres.

CRITERES D’ADHESION ET ENGAGEMENTS DES MEMBRES

L’adhésion au Partenariat de la montagne est ouverte à tous les gouvernements, y compris les autorités locales et régionales, les organisations intergouvernementales et autres organismes dont les objectifs et les activités sont conformes à la vision et la mission du Partenariat, et qui répondent aux critères d’adhésion, notamment:

  • Adoption des principes généraux et des buts du Partenariat de la montagne;
  • Participation à la mise en valeur durable des montagnes;
  • Développement institutionnel, avec un certain niveau de stabilité en termes de financement et de viabilité organisationnelle à long terme;
  • Capacité de satisfaire aux rôles et responsabilités des membres, tels qu’ils sont définis par le Partenariat de la montagne. Les membres du Partenariat de la montagne devraient s’acquitter des principaux rôles et responsabilités suivants:
  • Lancer et participer à des activités en collaboration avec les autres partenaires;
  • Contribuer aux activités du Partenariat de la montagne en partageant l’information et les connaissances par divers moyens, notamment: fournir des liens au site web du Partenariat de la montagne; communiquer des „success stories”, études de cas et/ou enseignements à la base de connaissances du Partenariat de la montagne; ou participer aux débats virtuels et aux conférences électroniques;
  • Participer et contribuer aux réunions et manifestations du Partenariat, lorsque les circonstances le permettent.

Les droits et obligations des membres du Partenariat feront l’objet d’examens ultérieurs durant la période de démarrage et d’éventuelles modifications.